Ile de Pâques / Rapa Nui – 1ère partie 

Moai, Rongo-Rongo, Pukao, Homme-Oiseau et autres Mystères

Dates du séjour : du 28 juillet au 2 août 2014

S’il existe un endroit qui me fascine totalement depuis que je suis gamine, c’est bien l’île de Pâques.

Je suis fascinée d’une part par la distance qui sépare la France de cette île, la plus à l’est de toute l’Océanie et l’un des endroits les plus reculés de la planète, mais aussi et surtout par tous les mystères qui font de ce petit triangle de terre encore préservé par le tourisme de masse, un véritable mythe.

Jugez-en plutôt :

Cette île, est célèbre pour ses vestiges mégalithiques des premières civilisations autochtones. Le patrimoine archéologique comprend 887 statues de basalte, les moai, de 4 mètres de hauteur en moyenne et près de 300 terrasses empierrées au pied de ces statues, les ahu.

C’est l’endroit habité le plus isolé de la planète. L’île se trouve à 3680 km des côtes chiliennes et à 4050 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche étant l’île Pitcairn à plus de 2 000 km à l’ouest. D’une superficie de seulement 166 km carrés, elle a pour dimensions 24 km x 16 km x 12 km. Ce sont trois volcans, désormais endormis, qui ont formé l’île de Pâques il y a 500 000 ans. Sa base immergée est 50 fois plus large que la surface. L’île abrite trois lacs de cratère, mais aucun cours d’eau ; l’eau douce est rare.

Elle a été surnommée « le nombril du monde », suite à l’interprétation erronée du terme « Te pito kura » qui signifie en fait « nombril de lumière » et représente le centre de l’île, un lieu sacré où, selon la tradition orale, se tenaient les palabres entre clans. Le nom de l’ahu Te Pito Kura viendrait d’une pierre située à une quarantaine de mètres sur la gauche de la plate-forme. Parfaitement lisse et ronde, cette pierre possède des propriétés magnétiques. Selon la légende, elle aurait été déposée à cet endroit par le premier roi de l’île, Hotu Matua.

Le nombril du monde…

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La boussole perd la boule ! Les propriétés magnétiques de la pierre font tourner l'aiguille dans tous les sens.

La boussole perd la boule ! Les propriétés magnétiques de la pierre font tourner l’aiguille dans tous les sens.

Plusieurs mystères perdurent, contribuant au charme et à la magie de l’île :

  1. Qui étaient les premiers habitants de l’île ?
  2. Quelle est la signification des moai ?
  3. Quelles techniques les insulaires utilisaient-ils pour transporter et ériger les colossaux moai ?
  4. Pourquoi y a-t-il autant de statues encore inachevées (environ 400) dans la carrière principale ? Pourquoi leur production a-t-elle été arrêtée et quasiment toutes les statues « achevées » renversées ?
  5. Que représentent les pukao, les coiffes cylindriques rouges qui ornent la tête de certains moai ?
  6. Quelle est la signification du Rongo-Rongo, cette écriture océanique unique, représentée par de fines lignes de symboles inscrits sur des tablettes de bois ?
  7. Comment se fait-il que la végétation boisée de l’île ait disparu ?
  8. Qu’est-ce que le culte de l’homme-oiseau (Make-make) ?

Même si certaines réponses ont été apportées aujourd’hui, il existe toujours des controverses et des théories qui s’opposent.

Je vais essayer de vous présenter rapidement quelques-unes de ces théories sachant que le sujet est très dense. Je m’appuie sur ce que m’ont relaté les guides locaux mais aussi sur des lectures et extraits (parfois entièrement retranscrits dans mon article) de Wikipedia, du Lonely Planet et d’articles ou de blogs tels que ceux-ci :

Pour commencer, savez-vous pourquoi elle s’appelle l’Ile de Pâques ?

Le nom de l’île est dû au Hollandais Jakob Roggeveen qui y accosta avec trois navires au cours d’une expédition pour le compte de la Société commerciale des Indes occidentales. Il la découvrit en effet le dimanche de Pâques 1722 et l’appela Paasch-Eyland (île de Pâques). Son nom polynésien est Rapa Nui (« la grande Rapa »), c’est le nom que préfèrent les habitants de l’île. Le nom officiel est Isla de Pascua depuis qu’elle est devenue territoire chilien en 1888.

  1. Qui étaient les premiers habitants de l’île ?

Selon l’hypothèse d’une chronologie longue, le peuplement initial daterait de 800, voire de 400 ; mais selon la thèse d’une chronologie courte, le peuplement daterait de 1200. Des mesures au radiocarbone, effectuées dans les années 1950, avaient estimé la date du peuplement de l’île vers 400 (à +/- 80 ans). De nouvelles études ont mis en évidence des pollutions sur les mesures effectuées, impliquant un vieillissement des résultats. Des mesures de radiocarbone publiées en 2006 ont mis en évidence des premières implantations beaucoup plus récentes, vers 1200.

Quoi qu’il en soit, les premiers colons polynésiens, sur de grandes pirogues à balancier ou bien sur des catamarans offrant plus de charge utile, seraient partis des Îles Marquises (situées à plus de 3200 km) ou bien des îles plus proches des Tuamotu (Mangareva, à 2600 km) en passant par Pitcairn (située à 2000 km). Les premiers habitants proviendraient donc du « triangle polynésien ». Une reconstitution, effectuée en 1999, à partir de Mangareva sur des embarcations polynésiennes a demandé 17 jours de navigation.

Le triangle polynésien :

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La tradition orale rapporte que les premiers habitants avaient à leur tête un roi, appelé Hotu Matua. Matua signifie « ancêtre » ou « père ». Hotu Matua, serait venu s’installer sur l’île avec son épouse Avareipua, après que sept éclaireurs l’eurent découverte. Ils auraient débarqué sur la seule (et magnifique) plage, Anakena dans le Nord de l’île, emmenant hommes, femmes et enfants ainsi que des vivres. Par la suite, les Rapanuis ont immortalisé les premiers découvreurs de l’île en représentant sept moai à leur effigie. Ceux-ci sont disposés sur l’Ahu Akivi, la seule plate-forme sacrée construite dans les terres et non sur le rivage. Orientés vers la mer, ils regarderaient symboliquement en direction de leur île polynésienne natale.

La plage d'Anakena au Nord de l'île

La plage d’Anakena au Nord de l’île

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Ahu Akivi : le seul ahu érigé à l'intérieur des terres

Ahu Akivi : le seul ahu érigé à l’intérieur des terres

Les nouveaux arrivants ne trouvèrent aucune trace de rivière mais deux lacs, situés au fond des cratères des volcans Rano Kau et Terevaka, leur servirent de réservoirs d’eau potable. Peu à peu la vie s’est organisée autour des points d’eau. Des maisons en forme de bateaux renversés furent construites. Les plus grandes pouvaient atteindre 90 mètres de long et contenir jusqu’à 200 personnes. Les toits étaient recouverts de nattes ou de feuilles de canne à sucre. La porte basse et étroite était fermée par un filet pour empêcher le passage des poules.

Qui sont les habitants de l’île ? Des analyses génétiques effectuées sur des squelettes prouvent qu’ils sont identiques à la population polynésienne actuelle. Pourtant, un détail intrigue. Pourquoi les statues ressemblent-elles aux Incas ? Celles-ci représentent des personnes aux longues oreilles, aux nez fins, dotées de coiffes rouges, des caractéristiques qui appartiennent à la civilisation inca et non aux Polynésiens. Jean-Hervé Daude, chercheur québécois, pense que l’influence inca aurait été minimisée à tort sur la base de préjugés concernant leur capacité de navigation. Des Sud-Américains ont bien foulé le sol de l’île de Pâques. C’est le cas de Tupac Yupanqui, qui aurait atteint l’île au XVème siècle. Toujours selon Daude, son armée était accompagnée d’Orejones, une troupe d’élite, coiffés d’un turban et aux lobes d’oreille allongés. Ainsi, deux peuples se partageaient l’île. La tradition orale mentionne la présence des « courtes oreilles », qui seraient d’origine polynésienne, et des « longues oreilles », d’origine inca. Si l’empreinte inca est perceptible dans les vestiges des ouvrages de pierre, elle ne l’est plus dans la population. Les Incas sont arrivés sans femmes. En s’intégrant au groupe polynésien, ils ont perdu leur langue et leurs caractéristiques génétiques. Mais le mystère plane toujours.

Les premiers habitants étaient sans doute très peu nombreux. On suppose que la population s’est rapidement développée en l’espace de quelques siècles, provoquant des tensions relatives à la répartition des ressources, limitées, entre les différents clans. Une telle expansion ne pouvait se poursuivre à l’infini, vu l’exiguïté du territoire. De violents conflits d’ordre foncier, ou liés à la répartition des ressources, auraient éclaté dès la fin du XVIIème siècle, juste avant l’arrivée des Européens. Une longue période de déclin allait suivre. Au début du XIXème siècle, on estime que l’île comptait entre 4000 et 20.000 habitants. Aujourd’hui elle en compte 6000 dont la moitié d’origine Rapa Nui et seulement une trentaine authentiques Pascuans de souche.

  1. Quelle est la signification des moai et comment étaient-ils sculptés ?

Les moai étaient sculptés par des « prêtres », aux fonctions sacrées, qui gardaient les traditions ancestrales et se transmettaient les techniques de façonnage. Les moai symboliseraient des ancêtres divinisés et auraient pour fonction de protéger les clans. Chaque tribu érigeait une ou plusieurs plate-formes cérémonielles, les ahu, avec une rangée de moai sur celles-ci, faisant face au village et le protégeant de leur regard. Les yeux étaient réalisés à partir de coraux. Il n’en existe qu’un seul exemplaire sur l’île, sur le site de Tahai en bordure du village de Hanga Roa. Cette reconstitution est intimidante. On a l’impression que la statue est vivante quand on la fixe dans les yeux. Il est encore plus impressionnant de s’imaginer qu’elles avaient en fait toutes des yeux colorés.

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Au fil du temps les moai sont devenus de plus en plus grands. Une compétition se serait instaurée entre les tribus pour savoir ceux qui érigeraient les ahu les plus monumentales. Les moai n’étaient plus le signe du respect des anciens mais un symbole de la puissance de la tribu.

Les statues proviennent d’une carrière, appelée « la nurserie », située sur les flancs et dans le cratère du volcan nommé Rano Raraku. On peut y voir un très grand nombre de moai (près de 400). Certains sont terminés et dressés au pied de la pente et d’autres sont inachevés, à divers stades, de l’ébauche à la finition. Le plus grand qui ait été érigé mesure 10 mètres de haut et pèse 75 tonnes. Un des derniers resté inachevé fait 21 mètres de hauteur pour une masse estimée à 270 tonnes.

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Le moai géant de 21 m, allongé dans la roche

Le moai géant de 21 m, allongé dans la roche

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La plupart étaient sculptés horizontalement, le visage vers le haut. On creusait une tranchée autour et en dessous du moai pour que les ouvriers puissent travailler. La statue n’était solidaire de la roche que par le dos. Le moai était ensuite détaché puis transporté en bas de la colline, où il était placé en position verticale dans une tranchée pour que les sculpteurs puissent faire les finitions. Une fois terminé, le moai était acheminé vers un ahu, le long de la côte. On estime qu’environ 300 statues ont été déplacées de la sorte. Il est à noter que sur les 400 statues présentes sur l’île, il en existe encore 400 de plus, inachevées, dans la carrière principale.

  1. Pourquoi y a-t-il autant de statues encore inachevées (environ 400) dans la carrière principale ? Pourquoi leur production a-t-elle été arrêtée et quasiment toutes les statues « achevées » renversées ?

L’arrêt de la production de moai suscite plusieurs hypothèses, pas forcément incompatibles entre elles. Les premiers immigrants avaient réussi à construire, à partir de ressources assez limitées, une société complexe et bien adaptée à son environnement. Toutefois, l’importance croissante du culte des ancêtres s’est traduite par l’érection de centaines de statues qui a fini par raréfier en quelques siècles les arbres de l’île. Dans les années 1500 à 1600, l’île connut une crise environnementale due peut-être à l’érosion des sols, peut-être à la sécheresse, mais qui en tout cas aboutit à une crise sociale, avec probablement des luttes tribales si l’on en croit les traditions orales, crise au terme de laquelle l’assise religieuse de la société pascuane changea.

La construction des statues et des plate-formes cérémonielles cessa, le culte de Make-make et de l’homme oiseau Tangata Manu prit de l’importance (voir description dans l’énigme n°8). Les autochtones en étaient là lorsque les maladies apportées par des nouveaux venus, les Européens, et les déportations (l’esclavage pratiqué par les Péruviens) réduisirent à 111 personnes leur population. Avec l’arrivée des planteurs et des missionnaires européens, initialement français, et de leurs ouvriers agricoles polynésiens (en majorité originaires de Rapa, et qui, se mêlant aux autochtones, formèrent le peuple Rapa-Nui), les habitants de l’île sont finalement devenus catholiques.

Les moai redressés que nous pouvons admirer aujourd’hui ont en fait été l’objet de restaurations entamées dans les années 1950. C’est notamment le cas des 15 moai impressionnants du site de Ahu Tongariki, à l’est de la « nurserie » de Rano Raraku, qui ont été remis en place par une entreprise japonaise entre 1992 et 1995. C’est le plus grand ahu jamais érigé. En 1960, un tsunami a balayé le site sur son passage, dispersant les statues et leurs coiffes (pukao) à plus d’une centaine de mètres à l’intérieur des terres. Un pukao a été replacé sur l’un des moai, par les habitants qui voulaient défendre les traditions et montrer comment étaient réellement les moai dans leur intégralité.

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  1. Quelles techniques les insulaires utilisaient-ils pour transporter et ériger les colossaux moai ?

L’île de Pâques est surtout connue pour le mystère qui entoure la fabrication, mais surtout le transport de blocs de basalte allant de 2,5 à 10 mètres de haut et l’élévation des moai.

Les spécialistes n’ont toujours pas résolu cette énigme. Jusqu’à récemment, on pensait que les moai étaient transportées horizontalement, allongés sur des rondins de bois sur lesquels on les faisait glisser.

En 2005, après diverses expériences et mesures, Sergio Rapu, l’un des plus éminents archéologues de l’île, est arrivé à la conclusion que les moai n’étaient pas transportés horizontalement mais en position verticale. Il a en effet constaté que la base des statues était légèrement convexe, avec un centre de gravité assez bas, ce qui permettait de faire avancer le moai debout, en le faisant progresser par des petits mouvements de pivot. Cette théorie a l’avantage d’être en phase avec la tradition orale selon laquelle les moai « marchaient » jusqu’à leur plate-forme.

En outre, selon cet archéologue, les moai n’auraient pas été renversés lors des guerres tribales, mais par leurs propriétaires, tout simplement soucieux de les remplacer par d’autres statues ; une manière de contrôler la population en lui fournissant du travail.

Les archéologues Terry Hunt de l’University of Hawaii et Carl Lipo de la California State University, avancent également une théorie qui indiquerait que les statues auraient été déplacées debout depuis le site Rano Raraku où elles étaient taillées (en position horizontale dans la roche volcanique) jusqu’à leur destination finale, par un mouvement de balancier régulé par des tireurs de cordes.

En 2010 et 2011, une expédition privée, co-dirigée par Jo Anne Van Tilburg et Cristián Arévalo Pakarati, a révélé que plus de la moitié de la hauteur des statues situées à proximité de la carrière est sous terre et dissimule un corps, des bras et des mains. Les statues se différenciant selon le sexe des individus (ou dieux) représentés. Des inscriptions, les pétroglyphes, sont gravées sur le dos des moai.

Déjà, les recherches menées en 1916 par Katherine Routledge, avaient conduit à l’existence d’un corps sculpté sous la surface du sol ainsi qu’à l’existence d’inscriptions mais elles s’étaient limitées à une relativement faible profondeur. Des fouilles plus profondes avaient été réalisées par l’équipe de Thor Heyerdahl en 1955.

Les statues « marchaient-elles » ? Ce qui est certain, c’est que la question cristallise toujours les débats…

  1. Que représentent les pukao, les coiffes cylindriques rouges qui ornent la tête de certains moai ?

Les archéologues pensent que les pukao représentent les cheveux montés en chignon, selon une tradition qui était pratiquée sur l’île aux temps anciens. Les pukao étaient travaillés dans la carrière du petit volcan Puna Pau, les scories volcaniques étant relativement tendres et se prêtant à ce type de façonnage.

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"Oiseau Pukao"

« Oiseau Pukao »

On suppose que ces coiffes revêtaient une fonction esthétique. Sans doute les faisait-on rouler jusqu’à la plate-forme, où elles étaient ensuite hissées puis encastrées sur la tête des moai, malgré leur poids (plusieurs tonnes !). Encore une prouesse qui défie les lois de l’ingénierie…

  1. Quelle est la signification du Rongo-Rongo, cette écriture océanique unique, représentée par des symboles inscrits sur des tablettes de bois?

Les tablettes Rongo-Rongo (ainsi nommées d’après le lieu de culte Orongo) sont recouvertes de fines lignes de symboles qui ressemblent à des hiéroglyphes. Selon la tradition orale, ces tablettes de bois ont été apportées par Hotu Matua et par des savants qui connaissaient l’art d’écrire et de réciter les inscriptions. Les chercheurs ont avancé diverses théories mais le texte n’a toujours pas été déchiffré.

Des centaines de tablettes qui ont dû exister, il n’en reste plus que 21. Les uns disent que les missionnaires les auraient brûlées, les autres qu’elles ont été cachées justement pour les sauver. Qui croire ? La plus belle collection est celle du musée de Braine-le-Comte, en Belgique. Outre ces plaquettes, on a retrouvé des pétroglyphes dont la signification précise est perdue mais dont la répétition des symboles rappelle les hymnes généalogiques polynésiens : « Les oiseaux ont copulé avec les poissons et ainsi ont été engendrés les premiers hommes. » Certaines dalles de pierre sont sous clé au Vatican. Les ordinateurs les plus puissants ont été incapables de déchiffrer l’écriture Rongo-Rongo. Les grands prêtres qui détenaient le savoir de la culture ancestrale sont morts. À peine un cinquième des sites archéologiques a été exploré sérieusement.

  1. Comment se fait-il que la végétation boisée de l’île ait disparu ?

L’analyse des pollens a démontré qu’une forêt recouvrait la région par le passé. Or l’île est aujourd’hui quasiment pelée. Les cocotiers qui dominent la plage d’Anakena ont en fait été importés de Tahiti. L’hypothèse la plus répandue, pendant longtemps, fut que cette déforestation était le fruit d’une surexploitation des ressources et que les autochtones étaient à l’origine de leur propre destruction. Mais cette théorie est aujourd’hui remise en question.

Les palmiers d'Anakena ont été importés de Tahiti

Les palmiers d’Anakena ont été importés de Tahiti

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En 2006, puis à nouveau en 2011, l’anthropologue Terry Hunt et l’archéologue Carl Lipo, se basant sur des nouvelles datations estimant l’arrivée des Polynésiens vers 1200, étudièrent les possibles causes multifactorielles du déboisement (rat polynésien, El Niño, brûlis…), réfutant une déforestation complète de l’île en seulement 500 ans. Pour les moai, ils défendent la théorie d’un déplacement des statues par rotation, soit horizontalement (roulés comme des rondins), soit, en terrain plat et pour les moins grands, en position verticale (par rotation sur la base) ne nécessitant pas l’utilisation de bois.

En 2008, l’archéologue Nicolas Cauwe propose une théorie unifiée, basée sur des données de terrain issues de dix années de fouilles sur place, qu’il détaille davantage en 2011. Selon ses recherches, les Pascuans, confrontés à une période difficile, ont réorganisé leur structure religieuse et politique afin d’assurer une cohésion plus forte et centralisée de leur société, sans qu’il y ait eu effondrement brutal. Le culte des ancêtres (destiné à des entités familiales ou claniques) a été progressivement supplanté par le culte du dieu Make-make et de l’homme-oiseau qui étend désormais son autorité sur l’ensemble de la population.

Pour renforcer ce changement et empêcher un retour en arrière, un tabou (Tapu) fut jeté sur tout ce qui touchait au culte des ancêtres. Sculptures, plates-formes, carrières furent rendues inaccessibles ou inopérantes. Les moai furent enfouis sous des terrasses, les carrières comme celle du Rano Raraku furent encombrées d’ébauches pour empêcher une exploitation ultérieure. Le tabou jeté sur le volcan Rano Raraku réfute la thèse d’une chaine opératoire qui serait reflétée par le site au profit d’un long et minutieux travail de fermeture rituelle de l’exploitation de la carrière de tuf par les Pascuans.

  1. Qu’est-ce que le culte de l’homme-oiseau (Make-make) ?

Le village cérémoniel d’Orongo s’étend à flanc de colline presque en surplomb de l’océan et se trouve à côté du cratère du volcan Rano Kau, rempli d’un impressionnant lac volcanique. Au bord du cratère se trouve un ensemble de rochers gravés de nombreux pétroglyphes d’hommes-oiseaux pourvus de longs becs et de mains saisissant des œufs.

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Le lac volcanique de Rano Kau

Le lac volcanique de Rano Kau

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Les îlots près du village cérémoniel d'Orongo

Les îlots près du village cérémoniel d’Orongo

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Les maisons de pierres d'Orongo

Les maisons de pierres d’Orongo

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Orongo était au centre d’un culte des oiseaux lié au dieu Make-make aux XVIIIème et XIXème siècles. Le point culminant des cérémonies était une compétition visant à obtenir le premier œuf de la sterne fuligineuse (Sterna fuscata), qui niche sur les minuscules îlots de Motu Nui, Motu Iti et Motu Kao Kao. Chaque année, à l’arrivée de cet oiseau migrateur connu sous le nom indigène de manutara ou mahoké, des hommes gagnaient au large l’île Motu Nui dans le but de rapporter l’un de ses œufs, symbole de la création du genre humain. Chaque participant descendait la façade de la falaise depuis Orongo puis, à l’aide d’une petite planche en roseau, nageait jusqu’aux îles. Celui qui trouvait le premier œuf devenait homme-oiseau pour l’année et acquérait un statut prestigieux dans la communauté. Les dernières cérémonies se tinrent à Orongo en 1866 ou 1867.

Une histoire douloureuse

Le dimanche de Pâques de l’année 1722, une expédition hollandaise emmenée par l’amiral Jacob Roggeveen, foula le sol de Rapa Nui. D’autres personnages de l’Histoire posèrent le pied sur cette île. Des navigateurs espagnols croisèrent l’île en 1770. Ils en prirent d’ailleurs possession au nom de sa Majesté Carlos III, et la rebaptisèrent Isla San Carlo. Le célèbre explorateur anglais James Cook arriva et en fit une première exploration en mars 1774. Ses deux navires le Resolution et l’Adventure mouillèrent dans la baie de Hanga Roa. Le comte de La Pérouse, explorateur et officier français, débarqua en 1785, et explora l’île examinant la flore, la faune, ainsi que la population.

Que les habitants de Rapa Nui se soient livrés ou non à des guerres de clans, leurs premiers contacts avec le monde extérieur fut désastreux. En débarquant sur l’île de Pâques, les explorateurs européens, ont introduit des virus redoutables comme la syphilis et la tuberculose. À ces épidémies destructrices, s’ajoute le rôle particulièrement sinistre des marchands d’esclaves opérant à partir de Callao au Pérou, qui, de 1859 à 1863, ont organisé plusieurs raids et enlevé environ 1500 insulaires pour les envoyer travailler aux îles Chincha, les principales îles à guano.

Frappée par des épidémies, la population a fortement diminué durant les années 1860 et 1870, avec pour résultat qu’après les immigrations ultérieures, en provenance essentiellement des Gambier (Rapa), de Tahiti et des Tuamotu, les Pascuans d’origine ne représentaient plus que 3 % environ de la population, les autres Polynésiens étant la moitié, les Européens d’origine 45 %, et les Chinois 1 %.

Les Polynésiens venus dans l’île après 1861, déjà pourvus d’anticorps contre les maladies des Européens et déjà christianisés, ont été amenés par les planteurs Dutroux-Bornier, Mau et Brander comme ouvriers agricoles, entre 1864 et 1888.

L’exploitation de l’île commença en 1870 quand le capitaine français Jean-Baptiste Dutroux-Bornier introduisit le commerce de la laine à Rapa Nui. En important des moutons, il envisageait de transformer toute l’île en exploitation agricole et d’expulser les insulaires vers les plantations de Tahiti. Il obligea les missionnaires, opposés à ses prétentions de souveraineté, à quitter l’île. Beaucoup s’exilèrent en Polynésie française. En 1877, la population d’origine serait passée de 2500 personnes à seulement 111 âmes… Dutroux-Bornier régna comme un tyran sur les derniers insulaires jusqu’à ce qu’ils le tuent en 1877.

Mû par une dynamique expansionniste, le Chili prit officiellement possession de l’île en 1888, après avoir fait plier le Pérou et la Bolivie au cours de la guerre du Pacifique (1879-1884).

Le Chili céda ensuite l’île à une grande compagnie anglaise spécialisée dans la laine, qui fit office de gouvernement de facto jusqu’au milieu du XXème siècle. L’île était alors divisée entre la « réserve » de Hanga Roa, son chef-lieu et unique village (6 % de la surface de l’île) où étaient parqués les Rapa-Nui, et la Compagnie Williamson-Balfour, qui possédait le reste et y éleva des moutons jusqu’en 1953. L’île de Pâques était devenue une immense ferme vouée à l’élevage de moutons…

La reprise en main par le gouvernement chilien date de 1953. Les militaires prirent possession du territoire, imposant à leur tour leur férule.

Quelle est la situation territoriale de l’île de Pâques aujourd’hui ?

De 1953 à 1966, l’île fut sous le contrôle de la Marine chilienne.

En 1966, les Pascuans reçurent la nationalité chilienne et furent autorisés à quitter la réserve. L’île devint un territoire de droit commun.

Le 30 juillet 2007, une réforme constitutionnelle dota l’île d’un statut de « territoire spécial », mais elle continue pour le moment d’être administrée comme une province de la Région V (Valparaíso).

Depuis 1995, le patrimoine exceptionnel de l’île est protégé et inscrit au Patrimoine mondial par l’UNESCO. Des parcs ou réserves naturelles, parfois surveillés, enserrent les zones des vestiges. La communauté Rapa Nui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel chilien.

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Dans mon prochain billet, je partagerai avec vous ma propre « histoire » à Rapa Nui et ce que j’ai ressenti. Un indice : magie !

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Valparaiso, novia del oceano…

Poésie et graffitis

Dates du séjour : 24 et 25 juillet 2014

Val-pa-ra-i-so… A prononcer lentement, en se laissant porter par ses flots et ses cerros (nombreuses collines autour du port)… Le nom seul de cette ville est une promesse. C’est un nom qui chante, qui vous transporte. Valparaiso, fiancée de l’océan, a vraiment une âme bohème, c’est une ville pleine de poésie et de couleurs. Chaque mur raconte une histoire, a sa propre couleur, son graffiti. C’est un paradis (paraiso…) pour les photographes.

Il faut toutefois faire attention à son appareil photo car les risques de vol sont importants. C’est une ville qui vaut vraiment le détour si vous êtes à Santiago, d’autant plus qu’elle est à moins de deux heures de route et que des bus partent très fréquemment de la capitale chilienne.

J’ai passé deux jours et une nuit à Valparaiso, logeant dans une accueillante chambre d’hôte familiale qui s’appelle La Nona. J’ai de nouveau expérimenté un Free Walking Tour, avec le même organisme que le tour de Santiago. La guide locale était un spectacle à elle toute seule, déployant une tonne d’énergie et beaucoup d’humour, tout en nous dévoilant pas mal d’anecdotes historiques sur la ville. Elle avait beaucoup de mérite car nous étions un groupe de 25 personnes et elle est parvenue à nous tenir en haleine pendant trois heures d’affilée.

J’ai également visité la maison de Pablo Neruda, « La Sebastiana », que j’ai adorée, tant pour son architecture que pour la décoration intérieure, pleine d’objets qui racontent une histoire.

La Sebastiana

La Sebastiana

J’ai aussi lu quelques poèmes que j’ai trouvés très beau et je vais d’ailleurs en partager un avec vous, dans sa langue d’origine, avant de partager mes photos.

AMO, Valparaíso, cuanto encierras,
y cuanto irradias, novia del océano,
hasta más lejos de tu nimbo sordo.
Amo la luz violeta con que acudes
al marinero en la noche del mar,
y entonces eres -rosa de azahares-
luminosa y desnuda, fuego y niebla.
Que nadie venga con un martillo turbio
a golpear lo que amo, a defenderte:
nadie sino mi ser por tus secretos:
nadie sino mi voz por tus abiertas
hileras de rocío, por tus escalones
en donde la maternidad salobre
del mar te besa, nadie sino mis labios
en tu corona fría de sirena,
elevada en el aire de la altura,
oceánico amor, Valparaíso,
reina de todas las costas del mundo,
verdadera central de olas y barcos,
eres en mí como la luna o como
la dirección del aire en la arboleda.
Amo tus criminales callejones,
tu luna de puñal sobre los cerros,
y entre tus plazas la marinería
revistiendo de azul la primavera.

Que se entienda, te pido, puerto mío,
que yo tengo derecho
a escribirte lo bueno y lo malvado
y soy como las lámparas amargas
cuando iluminan las botellas rotas.

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Santiago & Co

Caldillo de congrio, cementerio, Casa Mosaïco, vin chilien & vélo, balade en raquettes à Maipo, frayeur dans le métro…

Dates du séjour : du 19 au 23 juillet, 26 et 27 juillet, et du 2 au 5 août 2014

Santiago raisonne singulièrement en moi car cette ville représente ma toute première venue sur le sol sud-américain, il y a quelques années lors d’un déplacement professionnel. J’étais heureuse de pouvoir « découvrir » ce continent qui m’intriguait, m’attirait et que je connaissais finalement si peu. Je n’avais pas été particulièrement impressionnée par la ville sachant que j’avais eu très peu de temps de libre pour vraiment la parcourir et donc une vision limitée. J’avais en revanche apprécié l’accueil chaleureux des Chiliens et eu plaisir à rencontrer de nouveaux amis, Miguel et Maca (grâce à Marion que je remercie !), qui m’avaient fait découvrir le pisco sour. Depuis que j’ai goûté le pisco sour péruvien en juin dernier, notamment le maracuja pisco sour, je dois avouer que j’ai une petite préférence pour le péruvien… (cf envie n°20). C’est une déclaration très sérieuse que je fais là car les deux pays revendiquent chacun le pisco sour comme étant leur cocktail national et ils ont même porté l’affaire en justice, à la Cour Internationale de La Hague. Le verdict est récent, il date de 2013 : c’est le Pérou est l’heureux « gagnant » (cf nombreux articles tels que celui-là)…

C’est en fait initialement pour sa position stratégique que j’ai décidé d’aller à Santiago à l’occasion de mes pérégrinations en Amérique Latine, car c’était le point de départ pour l’Ile de Pâques, séjour que j’ai effectué du 28 juillet au 2 août (à découvrir prochainement dans picsandtrips !).

Ce séjour dans la capitale chilienne m’a tout de même réservé plusieurs surprises sympathiques. Tout d’abord j’ai pu revoir Miguel et Macarena et faire la connaissance de leur adorable petite fille. Nous avons même passé un après-midi ensemble dans un parc huppé de la ville, dans lequel on peut observer des flamands roses, des canards atypiques et beaucoup de chiens, de poussettes et de ballons multicolores. C’était assez amusant de passer ce moment « familial » en plein tour du monde : je fréquente ces derniers temps davantage les auberges de jeunesse et les treks sauvages que les parcs dédiés aux promenades dominicales !

Lors de mon arrivée, comme le temps était gris et froid, j’ai décidé d’aller visiter deux musées : le musée d’art précolombien et celui des beaux Arts. Je n’ai pas regretté, en particulier le Museo Chileno de Arte Precolombino qui a une très belle collection et est bien mis en scène.

Musée d'art précolombien

Museo Chileno de Arte Precolombinio

Museo de Bellas Artes

Museo de Bellas Artes

Afin de découvrir davantage la ville, j’ai décidé de tenter de nouveau l’expérience des Free Walking Tours (testés avec plaisir à La Paz), d’autant plus que j’avais eu des échos positifs d’autres voyageurs concernant celui de Santiago. Il y en a en fait plusieurs. J’ai beaucoup apprécié celui du matin dont le point de rendez-vous était devant le musée des beaux arts, juste à côté de l’auberge dans laquelle je logeais. Le tour nous faisait passer dans le Mercado Central et Mercado Vega. La guide, Lisette, pleine d’énergie et parlant parfaitement anglais car elle était américaine de parents chiliens, nous a même conseillé quelques spécialités locales si l’on désirait venir déjeuner au Mercado Central. Elle a particulièrement insisté sur le caldillo de congrio de Tio Willy, un resto « bonne franquette » à l’entrée du marché. Du coup j’ai suivi ses conseils alors qu’initialement je n’étais pas du tout attirée par la soupe de congres, surtout après avoir vu ces spécimens assez immondes sur les étals du marché… Et bien, c’était l’un des plats les plus succulents (et copieux…) de tout mon séjour en Amérique Latine, un vrai régal !

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Caldillo de congrio

Caldillo de congrio

J’ai aussi bien aimé la visite du Mercado Vega, un marché populaire de fruits et légumes, très animé durant la semaine. J’ai toujours autant de plaisir à prendre en photos les marchés. C’est l’un de mes thèmes photographiques favoris, le marché plus incroyable étant celui que j’ai vu dans le Yunnan, au sud de la Chine. Lors de la visite du marché Vega, nous avons pu savourer, gratuitement, une sorte de pain-beignet au potiron, recouvert d’une sauce assez épicée. Là encore, c’était délicieux. La consistance m’a même rappelé les bougnettes catalanes, ma madeleine de Proust…

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Mais le plus surprenant lors de ce walking tour, ce fut la découverte du cimetière général de Santiago. L’endroit est incroyable et vaut vraiment le détour. Il est facilement accessible depuis le métro. Lorsqu’on arrive, on se trouve face à des écrans de télévision qui indiquent les horaires et lieux exacts des crémations, tellement le cimetière est immense. Il est aussi grand que 170 terrains de football et deux millions de personnes y sont enterrées (le Chili est un pays de 17,2 millions d’habitants)…

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Il comprend parfois des immeubles de plusieurs étages avec des ascenseurs intégrés. C’est le cas notamment de cet édifice dédié à la communauté italienne, immigrée dans les années 40, et qui aurait importé les concepts des malls… Il y aurait 2000 tombes dans cet « immeuble »…

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En fait, c’est presque une ville dans la ville, avec des rues, des étages, des arbres, et des styles architecturaux des plus variés : du temple grec au palace indien tout en passant par le style égyptien, inca, Art Nouveau ou épuré. C’est une visite pour le moins déroutante., avec tout le respect que l’on doit à ce lieu de recueil et de mémoire.

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J’ai également fait un second Free Walking Tour, organisé dans un autre quartier de la ville. Il n’était pas à la hauteur du premier mais il m’a permis d’en apprendre un peu plus sur l’histoire du Chili et de rencontrer une jeune enseignante américaine qui vit au Vénézuela  et avec qui j’ai pu « escalader » le Cerro San Cristobal qui offre une très belle vue sur la ville. On se rend alors davantage compte de la démesure de Santiago.

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Ce qui a également particulièrement marqué mon séjour à Santiago, au-delà des visites, c’est l’accueil formidable que m’a réservé le personnel de l’auberge de jeunesse dans laquelle je suis restée : Casa Mosaico. Chaque personne du staff était patiente, attentionnée, souriante, souvent drôle. Au bout de quelques jours, j’avais l’impression d’être dans un appartement avec des amis en colocation. Ils m’ont même invitée à un barbecue du personnel qu’ils organisaient à l’occasion du départ de l’un d’eux. Du coup, malgré la grisaille de Santiago à ce moment là, j’ai beaucoup apprécié l’atmosphère qui y régnait et en garde un excellent souvenir.

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A mon retour de l’Ile de Pâques, j’ai eu envie de découvrir les environs de Santiago.

J’ai pu visiter le village de Pomaire, réputé pour ses céramiques et sa gastronomie, grâce à Pablo, que j’avais rencontré à Rapa Nui et qui vit à Santiago. Pomaire était peu animé ce jour là (un lundi) mais les alentours, avec la Cordillère des Andes en toile de fond, étaient superbes. Le soleil embrasait la capitale lors de notre retour et l’on apercevait nettement la magnifique chaîne de montagnes habituellement cachée par le brouillard et/ou la pollution.

Ce qui était vraiment triste et décevant en revanche, c’était de voir les amoncellements de détritus dans chaque virage alors que nous montions sur une très belle route de montagne. J’étais vraiment surprise de voir tous ces détritus car le Chili me semble être un pays évolué et éduqué, influencé par la culture américaine. Les centres commerciaux sont notamment des copies conformes des malls américains. En tout cas, je ne m’attendais pas à voir un tel mauvais sort environnemental en pleine nature, comme si les individus n’avaient jamais été éduqués sur le fait que l’on doit ramasser ses détritus, a fortiori en pleine nature. Cela m’avait déjà beaucoup choquée dans la baie d’Halong. Quel dommage de détériorer des sites aussi exceptionnels, et la nature en général, alors que c’est à la portée de tous de faire un petit effort… Je ne suis pourtant pas une écologiste extrémiste mais force est de constater qu’il y a encore bien du chemin à faire dans l’éducation et la protection environnementale de notre planète.P1260410 P1260411 P1260417 P1260423

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Je me suis également inscrite à un tour « Bike &Wine » organisé par la Bicliceta Verde au sein du domaine vinicole de Cousiño Macul, accessible en métro depuis le centre de Santiago. J’ai eu une mauvaise surprise cette fois. Lorsque je suis montée dans le train, il y avait énormément de bruit, beaucoup de cris de jeunes excités. Je pensais initialement (et naïvement) que c’était, comme dans le métro parisien, probablement dû à un match de foot, mais trouvais curieux qu’il y ait autant de chahut à 10 heures du matin. Et puis j’ai vu que mes voisins de wagon semblaient très inquiets, faisant même des mouvements pour se protéger. Là j’ai vu débarquer toute une bande de délinquants dont un qui tendait un couteau assez imposant devant lui tout en avançant à vive allure. Il y avait une très jeune femme en face de moi en train d’allaiter son bébé. Le couteau est passé à quelques centimètres de nous. Les passagers étaient effrayés, moi aussi. je suis sortie à la prochaine station. J’ai vu que le train suivant contenait également des « gangs » qui se provoquaient mutuellement et suis restée sur le quai, peu rassurée, jusqu’à ce qu’un train a priori calme daigne arriver.

Il paraît que ce type d’incidents reste rare à Santiago et que le métro est normalement un moyen de transport sûr. C’était tout de même impressionnant, même si je sais que cela peut arriver n’importe où. Plus de peur que de mal, mais j’étais pas mal secouée et non mécontente de monter sur un vélo dans les vignobles pour prendre l’air… et de retrouver Lisette qui était également la guide de ce tour ! La dégustation de vin m’a aidée à me détendre un peu plus. Nous n’avions en fait qu’une petite demi-heure de vélo, avec un verre de vin blanc dégusté au milieu des vignes, puis deux autres verres dans une salle, après avoir laissé nos vélos. C’était tranquille, agréable et magnifique avec la Cordillère des Andes qui se détachait derrière les pieds de vignes, même si ceux-ci n’étaient pas pourvus de raisins en cette période de l’année. Nous sommes en effet en plein hiver au Chili.

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D’ailleurs comme c’est l’hiver, Santiago offre de belles occasions d’escapades dans la neige. J’ai préféré aux stations de ski une balade en raquettes dans le Cajon del Maipon. Cela faisait du bien de me retrouver dans la nature, de faire un peu d’exercice et de sortir de la ville. La balade m’a plu. Elle était physique mais tout à fait accessible. Il ne faisait pas trop froid et nous avons même vu un bel aiglon peu farouche. La route était également très belle, on passait à côté des stations de ski.

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J’ai également profité de mon étape à Santiago pour visiter de nouveau Valparaiso que j’avais découvert il y a 3 ans et dont la lumière et les graffitis m’avaient éblouie. Ce sera l’objet de mon prochain billet.

San Pedro de Atacama

Valle de la luna, Geyser del Tatio, observation des étoiles, Salar de Tara et fiestas clandestinas !

Dates du séjour : du 11 au 19 juillet 2014

Dès que j’ai aperçu San Pedro de Atacama, le coup de coeur a été immédiat. Je venais de terminer mon fabuleux trek de 3 jours/2 nuits dans le Salar de Bolivie. Après un arrêt à un poste frontière des plus sauvages (au milieu de la pampa, où renard et de vigognes se mélangent à la police des frontières et aux touristes venus tamponner leur visa de sortie bolivien !), nous sommes montés dans un mini-bus qui a descendu 2000 mètres d’altitude pour atteindre San Pedro en une petite heure de trajet. La route était sublime avec en toile de fond la Cordillère des Andes Chilienne, la vallée de la lune, et le village de San Pedro qui resplendissait sous un immense ciel bleu.

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Non seulement la vision était magnifique mais les températures également beaucoup plus clémentes avec un bon 20-25 degrés à l’arrivée. C’était d’autant plus agréable que nous avons souffert du froid à Uyuni avec des températures largement en dessous de zéro (jusqu’à moins 20 pendant la nuit) et des logements rudimentaires non chauffés. J’ai survécu avec 4 couvertures, 2 duvets, une bouillotte, du thé et beaucoup de vin bolivien !

J’avais réservé plusieurs nuits à l’Eden Atacameño qui semblait avoir un bon rapport-qualité prix. Julia, ma nouvelle amiga de Alemania, rencontrée initialement dans le bateau Isla del Sol-Copacabana puis dans le bus nous menant au Salar, m’a accompagnée pour voir s’il y avait des chambres disponibles et nous avons décidé de partager une chambre double. J’ai pu me « reposer » sur son sens de l’orientation lors de notre arrivée en bus, ce qui était agréable vu le faible niveau du mien. En effet, cinq mois de voyages ne m’ont pas permis de progresser beaucoup dans ce domaine. J’ai également changé de camp pour soutenir l’Allemagne dans le match final de la coupe du monde contre l’Argentine, bien que supportant initialement l’Amérique Latine… La bonne humeur de Julia et son sens de la persuasion m’ont fait changer d’avis et c’était sympa de vivre la victoire avec elle.

L’Eden Atacameño offre un cadre charmant et reposant, dans une ruelle assez calme, perpendiculaire à la rue principale. J’ai pu savourer plusieurs longs moments de repos dans les divins hamacs du jardin, restant une semaine entière à San Pedro. Les petits déjeuners dans le jardin au soleil étaient également des plus agréables, surtout après les nuits fraîches. Ce qui l’était moins : les douches capricieuses, tantôt brûlantes, tantôt glacées, sans aucune pression, la wifi faiblarde et les chambres qui ne se réchauffaient pas malgré les températures fort clémentes de la journée. Les hamacs, le calme, la proximité du centre-ville et les tarifs raisonnables dans ce village très cher m’ont cependant convaincue de rester là.

Coup de coeur également pour le village lui-même avec ses ruelles ocres, son éternel ciel bleu dépourvu de nuage (c’est impressionnant), ses restaurants délicieux, parfois branchés, parfois traditionnels. Deux bémols : les distributeurs d’argent sont peu nombreux et souvent à sec du vendredi au lundi et il faut prévoir au moins 48h pour les services de linge, assez chers. Et étant donné que beaucoup d’endroits n’acceptent que les espèces, mieux vaut anticiper !

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Notre QG bar/dîner : l’Export Café

Coup de coeur total pour les tours proposés aux environs de San Pedro :

1. Incroyable Valle de la Luna, vraiment lunaire, devant laquelle on s’extasie au coucher de soleil. Rejoints par 3 anglais qui avaient pris le même bus que nous depuis le Salar, Louise, Laura et John, nous avons décidé de louer des vélos plutôt que de s’engouffrer dans un bus avec des dizaines d’autres touristes. Nous avons ainsi fait une très belle balade à vélo de 40 km aller-retour, assez difficile en raison d’une grande montée/descente près de la vallée de la lune et de la conduite de nuit au retour. Nous avions veillé à choisir de bons VTT équipés de lampes et j’avais également pris ma frontale. En plus des 40 km de vélo nous avons fait une heure de marche supplémentaire pour voir une cave, un canyon et atteindre la crête de la vallée pour voir le coucher de soleil. Malgré la fatigue, j’ai vécu avec Julia un moment vraiment magique quand elle a pointé du doigt une lune gigantesque toute ronde qui chapeautait parfaitement le volcan Licanbatur. C’était inouï, on aurait dit le décor de Pierrot et Colombine. C’est ce type de moment qui vous font encore plus aimer voyager et la vie en général.

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Photo courtesy of Julia (http://klisch.net/julia/)

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2. Geyser del Tatio :

Départ à 4h30 du matin, 2 heures dans un bus non chauffé (jusqu’à ce que j’insiste fortement et que la guide reconnaisse qu’il n’y avait aucun chauffage contrairement à ce que disait le conducteur du bus…) puis arrivée au camp géothermique de Tatio à 4320 m d’altitude où des dizaines de fumerolles s’élèvent du ciel, bouillonnent et laissent entrapercevoir les premiers et timides rayons de soleil. Le site était beau mais totalement glacial et j’étais frigorifiée malgré mes chaussettes et mes guêtres en laine d’alpaga. Le tour opérateur nous a offert ensuite un petit déjeuner assez simple : nescafé, sandwich, petite barre de chocolat et pour les chanceux un oeuf dur cuit dans l’un des geysers ! Toujours frigorifiée, je n’ai pas eu le courage de me déshabiller pour me baigner dans la piscine thermale à 38 degrés. Il faut dire que la horde de touristes ne me tentait pas trop et que c’était beaucoup moins séduisant que mon bain nocturne sous les étoiles en plein milieu du Salar avec du vin bolivien et seulement une poignée de compagnons de route, un luxe offert par la société Red Planet que j’avais soigneusement sélectionnée à la Paz après moult comparaisons d’agences qui offraient des tours pour le Salar. Pour en revenir au Geyser del Tatio, j’ai en fait préféré les paysages et les animaux sauvages des environs : le séduisant renard qui fixait mon objectif, les vigognes alertes, les poules d’eau aux pattes rouges géantes qui se promènent aisément dans les eaux glacées.

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Le petit déj !

Le petit déj !

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3. Observation des étoiles :

Le désert d’Atacama jouit de conditions climatiques qui en font un site d’observation stellaire idéal, non seulement parce que les nuits sont sans nuages, mais aussi parce que les vents soufflant de l’océan sur la terre sont prévisibles et réguliers. Ils ne provoquent donc que des turbulences minimes, ce qui est impératif pour obtenir des images de la plus haute qualité (source : Lonely Planet). A 40 km à l’est de San Pedro de Atacama se trouve d’ailleurs le projet ALMA (Atacama Large Millimetre Array), le plus ambitieux radiotélescope au monde. Il s’agit de 64 énormes antennes mobiles de 12 m de diamètre. Ce champ d’oreilles interstellaires correspond à un télescope d’un diamètre de 14 km…

Les télescopes géants du projet ALMA

Les télescopes géants du projet ALMA

J’avais vu à la télé un reportage à ce sujet et trouve complètement fascinant les sciences astronomiques même si elles me dépassent complètement. J’ai pu d’ailleurs apercevoir de loin cette rangée de télescopes géants lors d’un tour dans le Salar de Tara. J’étais impatiente et ravie de pouvoir aller observer les étoiles près de San Pedro. Pour avoir la tête dans les étoiles, il a cependant fallu attendre la fin de la pleine lune. J’ai réservé un tour avec John et Laura. Un bus nous a emmenés avec une vingtaine d’autres touristes dans le désert à 7 km de San Pedro, loin de toutes lumières. Lever la tête en sortant du bus était déjà extraordinaire : une sphère de plus de 3000 étoiles scintillait au-dessus de nous et je n’ai jamais aussi bien vu la voie lactée ni autant d’étoiles filantes. Un astronome Canadien nous a embarqués pendant une heure à la découverte des étoiles, galaxies, nébuleuses, planètes (on pouvait voir Mars et Saturne), astres du Zodiaque. Il était passionnant, drôle, intelligent, nous expliquant avec humour et clarté faits scientifiques et anecdotes divertissantes (je sais maintenant d’où vient l’expression 7ème ciel…). Ensuite nous avons pu regarder des constellations, galaxies, Mars et Saturne à travers de gros télescopes. Enfin nous avons eu une demi-heure pour pouvoir poser des questions librement à l’astronome. Bref, j’ETAIS quasiment au septième ciel…

4. Excursion dans le Salar de Tara :

J’avais initialement prévu de faire un aller-retour en bus pour aller voir le festival de La Tirana mais j’ai réalisé après avoir acheté mes billets que ce serait le parcours du combattant avec de longs bus de nuit, des changements de bus en plein milieu de la nuit, en d’autres termes des risques d’insécurité et d’insomnie pendant 48h d’affilée. Après réflexion, j’ai annulé mes billets et suis restée tranquillement à San Pedro pour me reposer, profiter des hamacs si agréables et faire une excursion au Salar de Tara, ayant vérifié au préalable que ce serait différent du Salar d’Uyuni et que je n’allais pas congeler sur place comme pour les geysers del Tatio…

Cette fois, le départ était à une heure raisonnable, vers 8h00, mais nous avons dû attendre 45 minutes que la route soit ouverte. C’était la même route que celle que j’avais prise en van pour arriver à San Pedro, celle que je trouvais magnifique. Mais il s’agit en fait d’une route dangereuse en raison du fort dénivelé, de la présence d’énormes camions de marchandises (route internationale utilisée par les Boliviens, Uruguayens, Brésiliens…) mais aussi de forts risques de verglas en cette saison. Il faut apparemment que les risques de glace soient levés pour que la route soit ouverte. Il existe de nombreuses sorties d’urgence au cas où les freins lâchent. A notre retour, la route était bloquée par un camion dont le chargement a failli se déverser. Nous avons contourné la route sur le bas-côté et dû nous arrêter 20 minutes après pour changer un pneu crevé ! Le van n’est pas une jeep…

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Malgré ces petites péripéties j’ai passé une très belle journée au milieu de nouveaux paysages extraordinaires : des rochers géants en forme de tête d’indien ou de cathédrales, des lagunes multicolores, des vigognes, renards et viscaches (sorte de lapin avec une queue d’écureuil, proche de la famille des chinchillas), des pierres de cristal tranchantes comme des couteaux et un guide plein d’énergie, Pedro, amoureux d’une française, également guide, qui accompagnait un groupe de Français. La guide française m’a proposé de rejoindre son groupe 100% frenchie mais j’ai préféré rester avec mon groupe d’hispanophones pour progresser en espagnol.

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Enfin, le plus extraordinaire à San Pedro était peut-être que cela m’ait autant plu alors que c’est la seule ville au Chili… où il est interdit de danser ! Je n’en croyais pas mes oreilles quand j’ai appris cela. Nous avons eu vent lors de notre arrivée d’une soirée clandestine prévue le lendemain dans un lieu secret « dans le désert » qui ne serait révélé qu’au dernier moment. J’étais assez suspicieuse mais mes compagnons de route étaient motivés et après renseignements pris auprès de locaux, je me suis sentie rassurée car c’était a priori bon enfant et accessible à pieds depuis le village, et non pas une rave party au milieu de nulle part où j’aurais pu être mal à l’aise et bloquée pour rentrer.

Mais le plus dingue était d’apprendre la raison de ces soirées clandestines : à San Pedro, une loi a été promulguée il y a cinq ou six ans et il est interdit non seulement de boire sans manger après 1h du matin mais aussi de danser !!

J’étais tellement atterrée par la nouvelle que j’ai mené mon enquête et interrogé plusieurs locaux sur les motifs d’une telle prohibition. J’ai eu plusieurs versions mais si j’agrège les réponses, il y avait apparemment auparavant énormément la fête dans le village avec beaucoup de gens saouls et bruyants, ce qui nuisait à la quiétude des habitants mais aussi aux agences de tourisme car leurs clients potentiels préféraient s’enfiler des pisco sours et se déhancher/tituber dans les bars plutôt que se lever avant l’aube pour aller voir les geysers de Tatio… Il y a donc eu une sorte de lobbying qui a abouti à cette stricte interdiction. Du coup, comme pendant la prohibition, les bars ferment leurs rideaux et leurs portes passé une heure du matin et, si un policier pointe son nez, ils baissent le volume de la musique tout en priant tous les clients de s’asseoir en faisant semblant de dîner. On dirait un jeu de chaises musicales. C’est assez drôle à vivre mais totalement ridicule et hypocrite sur le principe. J’imagine qu’il doit y avoir pas mal de corruption pour que la police ferme les yeux.

Pour la fête secrète, nous avions rendez-vous devant un bar vers minuit et avons marché une quinzaine de minutes jusqu’à une sorte de ferme inhabitée pas très loin du village. C’était effectivement plutôt bon enfant et je peux désormais me targuer d’avoir vécu une fête clandestine, peut-être bien la première et la dernière de ma vie ! Je me demande juste jusqu’à quand cette hypocrisie va continuer.

Comment peut-on interdire de danser alors que c’est profondément ancré dans la nature humaine ? La danse et la musique existent dans toutes les contrées de la planète depuis la nuit des temps. Il faut danser la vie, disait Nietzsche, et c’est bien là ma philosophie de vie, au sens propre et figuré…

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Photo courtesy of Luis