Florianópolis

« Floripa » et ses splendides plages brésiliennes

Date du séjour : 15 et 16 août 2014

Je ne connaissais pas Florianópolis avant que mon amie Ana, de Porto Alegre, ne m’en parle et me recommande cette destination pour ma découverte du Brésil. C’est un lieu prisé pour ses magnifiques plages et son environnement naturel, fort animé paraît-il en pleine saison touristique.

Je ne regrette pas d’y être aller. Ce que je regrette c’est de ne pas y être restée assez longtemps. J’y suis restée seulement deux jours pleins dont un jour de déluge. J’aimerais y retourner un jour pour mieux explorer cette baie car le peu que j’ai vu m’a beaucoup plu.

Avant de vous raconter quelques anecdotes, je vous invite à faire comme moi à l’instant où je vous écris et à lancer cette savoureuse play list brésilienne qui me replonge dans l’ambiance :

Les lecteurs avisés auront peut-être noté que j’écris cet article 6 mois après mon séjour, quasiment jour pour jour. On m’a demandé récemment comment je faisais pour écrire si longtemps après. La première raison c’est que j’ai plaisir à « revivre » cette fabuleuse aventure réalisée en 2014 et que malgré mon très grand retard dû à un retour parisien assez brutal, je suis quelqu’un d’opiniâtre et compte relater la fin de mes aventures (Brésil et Argentine) même si cela me prendra du temps. C’est aussi parce que j’ai eu un véritable coup de coeur pour ces deux pays et souhaite vous les faire découvrir. Il serait quand même dommage de passer à côté de mes plus beaux moments de « nature », que ce soit entourée de papillons et de coatis à Iguaçu, d’oiseaux multicolores et de caïmans dans le Pantanal, ou de baleines, pingouins et dauphins en Patagonie. Bref, je n’ai pas dit mon dernier mot. J’ai pris quelques notes durant ces voyages, mais honnêtement très peu, et écris « de mémoire ». Il n’est pas si difficile que ça de se remémorer ces beaux moments non seulement parce qu’ils sont ancrés en moi mais également parce que j’ai pris énormément de photos et qu’il me suffit souvent de les revoir pour me « télétransporter ».

Ana, qui connaît bien Floripa, le surnom donné à cette ville balnéaire, m’a conseillée de loger dans le lagon de Conceição, l’un des quartiers les plus animés et les plus beaux de l’île de Santa Catarina. Elle savait que ce serait la basse saison, avec des températures encore frisquettes et qu’il serait plus agréable pour moi d’être dans un endroit pas trop isolé. Elle m’a aidée à repérer des auberges de jeunesse et j’ai réservé au Submarino :

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J’ai eu beaucoup de chance car il y a eu des annulations dans le dortoir de 4 lits que j’avais réservé et je me suis retrouvée seule dans la chambre avec deux petits balcons agréables, alors que toutes les autres chambres étaient pleines à craquer. L’auberge était par ailleurs fort sympathique et animée, avec du personnel accueillant, la possibilité de se faire à manger (ou de se faire livrer de délicieux hamburgers… les meilleurs de mes 8 mois de séjour ex aequo avec ceux d’un resto à Buenos Aires !), la possibilité également de louer des vélos et de faire un BBQ sous un préau, ce qui allait se révéler utile bien que je ne m’en doutais pas encore.

Comme j’étais arrivée de bonne heure via un bus de nuit (environ 8 heures de trajet depuis Porto Alegre) et que mon lit n’était pas disponible, je suis allée faire un repérage des lieux et me suis rendue jusqu’au port, à moins de 10 minutes à pied de l’auberge. L’une de mes premières rencontres fut un pingouin (!) qui s’était visiblement égaré et semblait aussi éberlué que moi lorsque nos regards se sont croisés, puis un héron nonchalant et des poissons frétillants. J’étais seule, j’étais bien, je savourais ces petits moments simples où la nature côtoie de près les citadins.

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Je suis revenue à l’auberge, me suis renseignée sur les lieux à visiter, notamment les plages, puis ai loué un vélo. J’ai fait un faux mouvement en voulant détacher le vélo qui était cadenassé avec d’autres et me suis retrouvée quasiment les quatre pattes en l’air après un dérapage non contrôlé. Je ne suis pas complètement tombée mais me suis heurtée fortement contre le portail en perdant mon équilibre. Cela a fait un tel boucan que tous les clients et le staff de l’auberge m’ont repérée à ce moment là ! Si je voulais être discrète, c’était raté ! C’est mon épaule qui a amorti ma chute et je me suis fait un bon bleu que j’ai ressenti durant quelques jours, mais heureusement rien de cassé.

La balade en vélo a duré une bonne heure, plus longtemps que je le croyais, mais il faut dire que mon vélo était vraiment dans un état catastrophique, sans aucune vitesse et avec des freins assez moyens. En d’autres termes, je peinais. Mais je n’étais pas pressée et contente de retrouver ce qui restera mon véhicule préféré durant tout mon périple (avec mes pieds). Ma première halte fut la découverte des dunes de Praia da Joaquina, l’une des plus belles plages de la région, particulièrement appréciée des surfeurs.

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P1100742On peut louer des planches de surf et dévaler les pentes de sable comme à Huacachina au Pérou mais j’ai préféré grimper les dunes nus pieds et admirer la vue sur la mer au loin.

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Après cette petite halte j’ai ré-enfourché mon véhicule de fortune et me suis rendue sur la plage.

C’était superbe, immense, sauvage, avec très peu de monde : passé quelques immeubles touristiques et restaurants, on est face à des blocs de rochers sculptés patiemment par les vagues vigoureuses, quelques pins majestueux qui semblent faire le guet et une immense plage qui s’étend avec fierté. Seuls dénotent quelques parasols orange et tables en plastiques vides qui rappellent qu’il s’agit d’un lieu hautement touristique en haute saison.

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Comme c’était jour de fête (Sainte Marie) et que mon estomac commençait à se manifester, j’ai décidé de célébrer ce moment et me suis attablée dans l’un des restaurants panoramiques de la plage. Le serveur a bien voulu me servir un menu qui se commande normalement à deux en réduisant de moitié le prix et les quantités. Malgré cela, c’était gargantuesque. Il est arrivé avec une énorme assiette remplie de crevettes, calamars et crabes, un délice que j’ai eu du mal à finir. J’ai failli tomber de ma chaise quand j’ai vu revenir le serveur 10 minutes plus tard avec une autre assiette remplie de poissons, riz et légumes. On n’a qu’une vie. J’ai englouti la moitié de l’assiette de poisson alors que j’étais déjà totalement repue. Les mouettes en ont aussi beaucoup profité car le serveur leur a jeté des restes. Au vu des cris de joie fort stridents qu’elles émettaient, ce n’était pas que la Sainte Marie ce jour-là mais aussi la fête à la mouette, pouet pouet.

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IMG_7497 IMG_7499 IMG_7498J’ai « digéré » sur la plage en m’allongeant près d’une dune un peu abritée du vent et me suis plongée dans un livre culte qui m’a été offert par Catherine lors de nos retrouvailles à Cusco : Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, une petite merveille qui met de bonne humeur, surtout quand on le lit en plein « tour du monde » sur une plage magnifique et quasiment seule avec les mouettes. Bien qu’ayant un rythme de visites soutenu durant mon voyage, j’étais heureuse de profiter davantage des sites que ne l’ont fait Phileas Fogg et Jean Passepartout.

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Comme il est encore temps de souhaiter des voeux en France, et malgré les événements accablants qui ont touché le pays de la liberté-égalité-fraternité ces derniers jours, j’en profite pour vous souhaiter une année pleine :

  • d’audace,
  • de courtoisie,
  • d’amour,
  • d’humour,
  • de poésie,
  • de courage,
  • de flegme,
  • d’intrépidité,
  • d’imprévus,
  • de belles découvertes,
  • de vigueur, bonne santé,
  • et de succès.

(inspirés par les ingrédients de ce roman, la recette s’étant révélée prometteuse et le met final délectable).

Une fois rentrée à l’auberge après ce bel après-midi, j’ai fait la connaissance de plusieurs hôtes sympathiques, dont deux frères brésiliens qui m’ont invitée à se joindre à eux le lendemain midi pour un BBQ qu’ils comptaient préparer eux-même, les prévisions météo s’annonçant capricieuses. Entraînée par la bonne humeur de la bande qui prenait l’apéritif et refaisait le monde ce soir là, je me suis ralliée aux nombreux compères qui sortaient et ai fini de célébrer la Sainte Marie en boîte de nuit. Ce n’était pas trop mon style de musique (house) mais bien agréable de socialiser après une journée en tête à tête avec moi-même et aussi de retrouver des pistes de danse.

Le lendemain, il a plu effectivement toute la journée et l’atelier BBQ lancé par Luis et Ricardo s’est avéré être une excellente idée !

J’ai également fait la connaissance d’Anne-Marie, une québécoise fort sympathique qui n’avait pas la langue dans sa poche et d’un couple australien.

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J’avais envie de prolonger mon séjour et de découvrir les autres plages magnifiques du secteur mais j’avais déjà réservé mon billet de bus avec difficulté, les places étant limitées et la réservation laborieuse. J’ai donc quitté avec une pointe de regret Floripa pour rejoindre un site mythique : les chutes d’Iguaçu.

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Buenos Aires – premiers pas

Premiers pas… Palermo, Retiro, Recoleta

Dates du séjour : du 9 au 10 août 2014

Ayant décidé quelques jours plus tôt que je rejoindrai le Brésil par voie terrestre via l’Argentine, j’ai quitté Mendoza après trois journées agréables et festives entre retrouvailles amicales et dégustations de Malbec, en prenant un bus de nuit direction Buenos Aires. J’ai pu très vite me rendre compte que les bus argentins sont vraiment parmi les meilleurs du monde en terme de confort et de service (cf Liste de mes envies N°11) : bus direct avec quasiment pas d’arrêt (ce qui permet de dormir plus tranquillement et d’arriver plus vite à destination), fauteuil en cuir inclinable à 180 degrés (service « cama »), oreiller et couverture fournis, steward à bord qui sert repas et boissons (y compris apéritif et digestif pour les plus aventureux qui n’auraient pas eu suffisamment leur dose dans les vignobles de Mendoza !), films, rideau individuel permettant de créer une séparation avec son voisin… bref, un service et confort dignes d’une classe business en avion !

J’ai réservé une auberge à Palermo, quartier sûr et agréable qui m’a été recommandé par plusieurs amis qui connaissent bien la capitale argentine. J’ai tout de suite aimé ce quartier à l’ambiance bohème et branchée, qui n’était pas sans me rappeler le quartier bobo des Batignolles à Paris que j’affectionne particulièrement.

Ayant décidé de tracer rapidement vers le Brésil, je ne suis restée que 24h à Buenos Aires mais je savais que j’allais revenir plus longtemps, d’autant que mon billet retour pour la France partait de Buenos Aires le 9 octobre.

J’avais cependant envie de découvrir la ville malgré mon escale vraiment express. J’ai donc englouti un petit déjeuner à l’auberge (j’avais en effet besoin d’un grand café après ma nuit dans le bus certes tout confort mais avec une arrivée à l’aube dans la capitale…), laissé mon gros sac à dos dans une salle réservée à cet effet — la chambre n’étant disponible qu’à partir de 14h — puis je me suis rendue au point de rendez-vous d’un « free walking tour« . Je suis en effet devenue adepte de ce concept découvert à La Paz. Le point de départ était près du Teatro Colón avec ensuite une visite du quartier Retiro jusqu’au cimetière de Ricoleta, pour une balade totale de 2h30 environ. J’ai de nouveau apprécié le concept qui m’a permis de rencontrer des gens de tous pays bien sympathiques, une guide locale pleine d’énergie, des lieux phares de la ville ainsi que des informations historiques sur le pays et sur les porteños, les fiers habitants de Buenos Aires.

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Parmi les sites intéressants se trouve l’immeuble Kavanagh, le premier gratte-ciel du pays. Il a été commandé par Corina Kavanagh, une héritière de 39 ans qui a eu le rêve de construire une tour luxueuse de 120 mètres de haut. La construction est contemporaine du Rockefeller Center à New York. C’était à l’époque une véritable audace architecturale à la fois par sa taille et sa structure en béton armé. La légende raconte qu’il y avait une rivalité entre Corina Kavanagh et Mercedes Castellanos Anchorena, propriétaire de Anchorena Palace (Palacio San Martín actuellement), également situé en face de la Plaza San Martin. Mercedes se serait farouchement opposée au mariage de son fils avec Corina. Par vengeance, Corina aurait dressé le gratte-ciel pour empêcher Mercedes de voir la Basilique qu’elle pouvait auparavant admirer depuis son majestueux palais. J’ai cependant lu sur internet que cette version serait fausse parce que Mercedes est morte en 1920, 14 ans avant le début des travaux…

L'immeuble Kavanagh, premier gratte-ciel en Amérique Latine

L’immeuble Kavanagh, premier gratte-ciel en Amérique Latine

La Basilique juste derrière l'immeuble Kavanagh

La Basilique juste derrière l’immeuble Kavanagh

Quelques découvertes lors de la balade du « free walking tour » :

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Avez-vous remarqué quelque chose de spécial?.... les fenêtres sont en fait un trompe l'oeil !

Avez-vous remarqué quelque chose de spécial?…. les fenêtres sont en fait un trompe l’oeil !

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Ce lieu est un mémorial pour l’ancienne ambassade d’Israël en Argentine : le 17 mars 1992, une bombe a explosé à l’ambassade, faisant 29 morts et 242 blessés.

La visite s’est achevée devant le cimetière de Recoleta, l’un des sites incontournables de la ville, dans le quartier du même nom. Ce cimetière a été inauguré en 1822 et accueille plusieurs personnages emblématiques de l’Histoire Argentine, en particulier Eva Perón, seconde épouse du président Juan Pero, adulée par une grande partie du peuple argentin pour son engagement aux côtés des plus déshérités.

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Tout comme le cimetière général de Santiago qui vaut le détour bien que beaucoup moins célèbre que le Père Lachaise parisien, il se dégage une atmosphère particulière de ces visites, bien plus fascinantes que morbides, et l’on peut difficilement rester insensible à la beauté et à la particularité des mausolées qui forment un véritable labyrinthe. Les caveaux sont parfois magnifiquement sculptés et « chargés » d’histoire. Certains sont laissés à l’abandon et accueillent poussière et toiles d’araignée, une ambiance qui ne déplairait pas à Tim Burton.

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Le caveau qui m’a le plus marqué est celui de Rufina Cambaceres, une jeune femme née en 1883 qui a été enterrée avant ses 19 printemps. Un gardien a découvert quelques jours après la cérémonie que le cercueil était abîmé par de nombreuses marques. La jeune fille souffrait en fait de catalepsie et avait été enterrée vivante, grattant son cercueil de toutes ses forces et mourant ensuite d’asphyxie. La sculpture de cette jeune femme « sortant » du caveau est d’une remarquable beauté, nous laissant pantois et songeurs lorsque l’on apprend cette histoire tragique.

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Après avoir déjeuné et déambulé dans le centre, j’ai rejoint mon auberge, fait mon « check-in » puis j’ai rencontré Alexandra, une charmante colombienne qui vit à Buenos Aires. Alex m’a été présentée via Facebook quelques mois auparavant par mon amie Marion, qui avait sympathisé avec plusieurs étudiants lors de son séjour ERASMUS en Argentine il y a quelques années. J’ai exploré avec Alexandra le quartier animé de Palermo, découvert grâce à elle une place et un bar sympa, puis nous sommes allées dîner dans un restaurant italien délicieux fréquenté par des locaux… aucun touriste à la ronde, tout à fait le genre d’adresse que j’affectionne ! Ensuite nous nous sommes rendues dans un bar alternatif-lieu culturel appelé La Boussole qui avait été ouvert quelques mois auparavant par Dan, l’ancien prof « innovation » d’Alexandra et de Marion. L’endroit et l’accueil étaient fort sympathiques mais la fatigue a eu raison de moi et je me suis rapidement éclipsée pour rejoindre Morphée.

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Le lendemain matin j’ai de nouveau englouti un petit déjeuner, fait mon « check-out », repris toutes mes affaires puis me suis dirigée vers le port à l’autre bout de la ville pour embarquer sur un ferry Buquebus. Après un contrôle d’immigration comparable à un enregistrement d’avion, le ferry m’a emmenée à Colonia de Sacramento en Uruguay après une traversée agréable de 2h15.

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Malgré le peu de temps passé à Buenos Aires, mes premiers pas ont été vraiment concluants : j’ai eu un véritable coup de coeur pour cette ville à l’ambiance très européenne, voire parisienne dans certains quartiers, le tout avec la décontraction et la chaleur latines propres aux habitants d’Amérique du Sud. J’étais au fond de moi très contente d’avoir pris mon billet retour depuis Buenos Aires et savais que j’allais faire de nouvelles découvertes au sein de la capitale argentine d’ici quelques semaines. On ne peut tout de même pas venir à Buenos Aires sans faire quelques pas… de tango et découvrir une Milonga ! C’était mon pacte semi-secret avec la capitale argentine pour ma future visite. En attendant, c’est un nouveau pays qui m’attendait, avec une nouvelle escale express en Uruguay, avant un grand saut au pays de la samba et du forro !

Ile de Pâques – 2ème partie

La magie de Rapa Nui

Dates du séjour : du 28 juillet au 2 août 2014

Maintenant que j’ai dévoilé certains mystères de l’île, vous comprenez sûrement mieux pourquoi ce lieu est l’un des points culminants de mes 8 mois de voyage, un peu comme le summum de mes rêves d’aventure.

Je savais que j’aurai peu d’occasions dans ma vie d’aller à Rapa Nui et que mon séjour à Santiago, d’où décollent les avions Lan, quasiment les seuls à faire le trajet (avec des départs également de Tahiti), allait me faciliter la tâche. Le témoignage d’Elisabeth, qui m’a raconté avant mon départ ses 17 mois d’aventures autour du monde en tant que « voyageuse solo », m’a motivée encore davantage, surtout lorsqu’elle m’a confié que les Pascuans ont un sacré sens de la fête ! J’étais quasiment conquise avant même d’atterrir sur l’île… Mes espoirs étaient donc très grands et à trop sacraliser un lieu, on peut parfois être bien déçu.

Le vol aller a été éprouvant car il y avait beaucoup de vent qui secouait l’avion violemment. Je me suis passée en boucle Marc Anthony  (« Vivir mi vida » « Valio la pena») pour chasser de mon esprit les sinistres pensées qui le traversaient à chaque trou d’air… Je suis évidemment arrivée en chair et en os, dans un avion entier.

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L’Ile de Pâques est l’endroit habité le plus isolé de la planète : à 3680 km des côtes chiliennes et à 4050 km de Tahiti.

J’étais émue dès mon arrivée car j’avais vraiment le sentiment d’accomplir quelque chose de spécial, un moment qui allait me marquer à vie.

L’aéroport international, construit par l’armée américaine en 1967, est minuscule et charmant, avec des reproductions de statues Rapa Nui sur le tarmac dès la sortie de l’avion.

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Il faisait doux, chaud même car j’ai dû enlever mon pull, le soleil brillait et le vent soufflait très fort. Après avoir acheté le billet d’entrée pour le parc national et récupéré mon sac à dos, une jolie jeune femme, travaillant pour la chambre d’hôte que j’avais réservée, m’attendait avec une pancarte sur laquelle était inscrit mon nom. Elle s’est excusée de ne pas avoir de collier de fleurs à m’offrir, comme il est apparemment coutume de le faire sur l’île, d’influence polynésienne. Un jeune homme charmant nous a rejoints deux minutes après, me déchargeant de mon sac et m’offrant un collier de coquillages. C’était son « novio » et ils habitaient sur place, gérant la chambre d’hôte pour la propriétaire qui vit au Canada. Je leur ai dit que j’étais ravie d’être là, que c’était un rêve d’enfance.

Ils m’ont fait faire un petit tour du village en me donnant des points de repères avant que l’on ne rejoigne la chambre d’hôtes, Te’Ora Rapa Nui, une ravissante maison face à l’océan, à 20 mètres à peine des vagues.

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La maison d'hôte à quelques mètres de l'océan

La maison d’hôte à quelques mètres de l’océan

Ravie de fouler le sol de l'île de mes rêves d'enfant et de découvrir ma chambre d'hôte face à l'océan !

Ravie de fouler le sol de l’île de mes rêves d’enfant et de découvrir ma chambre d’hôte face à l’océan !

Ma chambre et la salle de bain étaient également une bien agréable surprise, joliment décorées avec un lit vraiment douillet. Je devais passer 4 nuits dans cette chambre et la dernière dans la « suite royale » (c’est moi qui l’appelle ainsi), qui occupait tout l’étage supérieur de la maison. Il n’y avait en effet pas 5 nuits d’affilée de disponibles dans la chambre simple et les gérants m’ont offert la « suite » au tarif de la chambre simple pour la dernière nuit. C’est clairement le plus bel endroit que j’ai loué en 5 mois de voyage. Le rêve était déjà en train de commencer et je l’ai senti dès que j’ai posé le pied sur le sol Rapa Nui.

"La suite royale" - Photo qui provient de l'établissement

« La suite royale » – Photo qui provient de l’établissement

"On entend les vagues..." - Photo qui provient de l'établissement

« On entend les vagues… » – Photo qui provient de l’établissement

Lever de soleil depuis mon lit - la preuve en image !

Lever de soleil depuis mon lit – la preuve en image !

Lever du soleil depuis mon lit...

Lever du soleil depuis mon lit…

Parfois il faut se pincer pour y croire !

Parfois il faut se pincer pour y croire !

Après m’être un peu reposée pour me remettre des secousses de l’avion et des 5h30 de trajet, j’ai fait un petit tour dans le village, quelques commissions (le petit déjeuner n’est pas inclus mais il y a une cuisine), loué un vélo pour mes cinq jours sur l’île et me suis rendue sur le site de Tahai, juste à côté du village et célèbre pour ses couchers de soleil. J’ai découvert également un joli cimetière face à l’océan, marqué par les traditions locales.

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Au-delà des émotions ressenties face aux mystérieuses statues moai, ce que j’ai en fait préféré c’est la beauté sauvage de l’île et l’atmosphère unique qui y règne. Je vous cite un extrait de cet excellent article du Monde que je vous invite à lire entièrement :

« Quelque chose comme le sud-ouest de l’Irlande et ses murets de pierre, ou bien les Açores, avec en son centre, les volcans d’Auvergne. Si nue que depuis sa côte on discerne la courbure de la Terre. À l’horizon, l’absence de navire dit la solitude. Et puis il y a ces silences de pierre : les moaïs. Des centaines de statues naguère dressées sur la lande avec leurs longs nez épatés, leurs orbites saillantes, leur verticalité mutique, leurs regards aveugles. La plupart git aujourd’hui à terre, renversée, omniprésente au milieu de bandes de chevaux à demi sauvages qui s’égaient dans le vent fou. »

J’ai effectivement pensé à l’Auvergne, ma si belle région natale, quand j’ai découvert les volcans de l’île qui ressemblaient étrangement à mes puys si familiers, comme si j’étais connectée à cette île par d’autres biais.

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J’ai adoré le côté sauvage de l’île, ne rencontrant que quelques chevaux et trois pèlerins une fois que j’eus quitté les excursions touristiques pour enfourcher un vélo.

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La magie a opéré tout au long de mon séjour. Je vais vous donner quatre exemples. Ils sont liés à des rencontres finalement simples mais singulières, parfois juste pour quelques instants mais qui à chaque fois correspondaient à un moment spécial, comme si je les avais souhaitées au fond de moi et qu’elles se matérialisaient avec une baguette magique.

Trempée jusqu'aux os...

Trempée jusqu’aux os…

Voici le premier exemple. Après deux jours d’excursions organisées où j’ai appris pas mal de choses sur les moai, les ahu, les pukao et l’histoire mouvementée de l’île, découvrant en même temps les principaux sites, j’ai décidé de partir seule à l’aventure en enfourchant un vélo. Quarante minutes après être partie, je me suis retrouvée trempée jusqu’aux os, surprise par une averse interminable. J’avais heureusement pris avec moi mon poncho de pluie, que je n’ai en fait quasiment jamais utilisé depuis mon grand départ en février, ce qui  montre à quel point j’ai eu de la chance point de vue météo durant mes 8 mois de voyage. Je suis restée sous un arbre maigrichon, l’un des rares sur mon chemin, pendant environ 30 minutes, puis j’ai décidé de rebrousser chemin et d’affronter la pluie qui s’était un peu calmée. J’étais déjà complètement trempée, des pieds à la tête, malgré mon imperméable visiblement peu habitué à ce type d’averses. La température était plutôt douce, du coup ce n’était pas la mer à boire… La pluie a cependant repris de la vigueur et il m’était difficile d’avancer. J’ai repéré sur le côté de la route une maison avec un large préau qui abritait quelques personnes. Je leur ai demandé si je pouvais m’arrêter quelques instants pour me reposer « au sec » et ils m’ont fait signe de la main de venir. Il s’agissait d’une famille locale qui travaillait dans l’industrie du bois. Le père m’a présenté son fils et son neveu (en me précisant qu’ils  étaient célibataires…) et m’a proposé une tasse de café que j’ai acceptée. J’ai quand même eu un instant de méfiance en me disant qu’ils pouvaient me faire boire n’importe quoi mais mon instinct sentait de bonnes ondes et j’ai donc bu le café. Il était bien trop sucré à mon goût mais j’étais vraiment touchée par leur accueil. J’ai parlé un petit moment avec le padre, caressé le chien en ayant une pensée affectueuse pour les deux labradors de ma famille qui vivent en Dordogne, puis suis repartie sur mon vélo requinquée et heureuse d’avoir vécu ce petit moment de partage simple et inattendu.

Avec mes hôtes menuisiers qui m'ont offert un café !

Avec mes hôtes menuisiers qui m’ont offert un café !

Le soir même je suis allée voir un spectacle de danse local. Si vous allez à Rapa Nui, ne ratez cela sous aucun prétexte. Vous en prendrez plein les mirettes, aussi bien pour la beauté et la sensualité des danses et des danseurs que pour la musique locale entraînante. Après ce spectacle rythmé, j’étais très motivée pour découvrir le fameux sens de la fête pascuan dont m’avait parlé Elisabeth. Or je n’avais plus que deux jours sur l’île et malheureusement pas fait de rencontres m’incitant à sortir danser. Je ne comptais pas non plus sortir seule dans un bar ou un club. C’est sur ces pensées, un peu frustrée, que je me suis rendue aux toilettes. Et là, la baguette magique a de nouveau opéré. Il y avait une autre française, Julie, avec qui j’ai échangé rapidement quelques mots, lui disant combien j’étais emballée par le spectacle et que cela me donnait envie de danser. Et là, abracadabra, elle m’a invitée à se joindre à elle et deux autres amis locaux car ils devaient justement sortir danser. C’était inespéré. J’ai bien entendu immédiatement accepté l’invitation et passé une très bonne soirée en compagnie de Julie. Je confirme que les Pascuans ont le sens de la fête et un sacré déhanché, mamamia !! Pablo, un chilien que j’ai retrouvé par la suite à Santiago et Bariloche, ne se défendait pas mal non plus côté déhanché et pourtant le niveau était élevé avec les Pascuans !

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Le matin suivant, le soleil est revenu et j’ai repris mon vélo. C’était mon dernier jour sur l’île. Je repartais le lendemain à midi. J’ai décidé de longer la côte pour profiter du ciel bleu et de l’océan. C’était magnifique. J’ai roulé pendant environ deux heures m’arrêtant de temps en temps pour découvrir de nouveaux moai que je n’avais pas vus pendant les tours organisés. J’étais souvent seule ou avec seulement une ou deux autres personnes qui avaient loué des voitures et circulaient dans l’île. Je commençais aussi à sentir la fatigue car la route était beaucoup plus ardue que je ne l’imaginais, avec pas mal de côtes et de faux plats. Je calculais également le temps qu’il me restait et réalisais que je ne pourrais pas faire tout ce que j’avais envisagé. C’était trop loin et trop fatigant. J’avais presque envie de rater mon avion le lendemain tant l’île me plaisait mais les billets sont très chers et ce n’était évidemment pas la solution la plus raisonable…

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Alors que je me trouvais sur l’un des « derniers » ahu de ma visite, j’ai croisé un autre touriste et lui ai demandé s’il pouvait me prendre en photo devant le moai (je fais aussi beaucoup de photos « de touristes » et pas seulement pour les envoyer à ma famille, j’assume complètement mon côté «mitraillage japonais » !). Nous étions seulement tous les deux sur le site, pas un chat à l’horizon, seulement quelques chevaux sauvages. Nous avons commencé à parler et j’ai découvert qu’il était français. Décidemment, beaucoup de compatriotes même à l’autre bout du monde !

Il m’a dit qu’il avait lui-même fait deux jours de vélos la veille et l’avant-veille et m’a conseillé quelques sites. Cela avait l’air très tentant mais malheureusement j’étais coincée par le temps et la fatigue. Nous nous sommes dits au-revoir en nous souhaitant mutuellement bon voyage. Je suis repartie dans l’autre sens en prenant mon courage (et le guidon) à deux mains pour les deux autres heures de vélo qui m’attendaient. Au bout de dix minutes, j’ai entendu un klaxon. C’était Frédéric, le français, qui me dépassait dans sa voiture de location. Je lui ai fait un signe de la main et ai attaqué une nouvelle côte bien raide avec difficultés. Puis j’ai vu le véhicule s’arrêter. Frédéric, voyant que je peinais, m’a proposé de mettre le vélo dans son coffre et de me rapprocher du village ou même de l’un des beaux sites dont il m’avait parlé. Il faut croire qu’il n’y a pas que des moai sur l’Ile de Pâques, il y a aussi des ange-gardiens !! J’ai accepté de bon cœur d’autant plus que cela m’a permis de faire en effet une autre très belle balade et de découvrir une nouvelle partie de l’île.

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J’ai aussi appris que Frédéric voyageait beaucoup dans le monde entier pour/grâce à son travail. Il est en effet meilleur ouvrier de France primeur, champion artistique d’Europe et de France sur fruits et légumes, invité régulièrement dans pas mal de pays en tant que consultant designer de fruits et légumes et ami de nombreux grands chefs cuisiniers tels que Guy Martin dont je rêve de découvrir le restaurant étoilé « Le Grand Véfour » . Il est même intervenu dans l’une des émissions culinaires bien connues du grand public, Top Chef je crois. Bref, une star internationale dans son domaine ! Cette rencontre est un bel exemple de la diversité des personnes que j’ai pu croisées durant mes 8 mois de périple : des gens de tous pays, de tous âges et de tous métiers, notre point commun étant la passion des voyages. J’estime que c’est une grande chance de pouvoir être exposée à une telle variété de profils. Je trouve en effet très intéressant de voir les parcours des gens et pourquoi ils sont là au moment où je les rencontre. Cela ouvre l’esprit, cela montre qu’il y a plein de façons de vivre, de penser, de se remettre en question et prendre un autre chemin ou au contraire d’être (ré)conforté dans ses choix.

Pour remercier Frédéric de sa gentillesse, je lui ai offert le soir son premier Pisco Sour. Il ne connaissait pas ce cocktail et l’a apprécié. C’est presque un honneur de faire découvrir un cocktail à un spécialiste du sujet… J’ai en effet découvert sur son site qu’il a publié des livres de recettes de cocktails…

La magie m’a envoûtée jusqu’à la fin. J’étais en train de finir de ranger mes affaires dans mon sac à dos pour aller à l’aéroport. J’ai entendu une très belle musique très rythmée dans la chambre du dessous. Je pensais que c’était un CD de mes hôtes. En fait, le monsieur qui m’emmenait à l’aéroport jouait de la guitare en m’attendant. J’étais surprise et bluffée tant il jouait bien et tant la musique était belle. Et d’un coup, j’ai été submergée par l’émotion. Je n’avais pas envie de partir, j’étais tombée sous le charme de cette île dont j’avais toujours rêvée et je venais de réaliser mon rêve. J’étais bouleversée. Je me suis retenue car je crois que j’aurais pu pleurer à chaudes larmes si je m’étais laissée aller complètement. Je souhaite sincèrement à tout le monde de vivre ça, de ressentir ces moments qui nous donnent la chair de poule et nous bouleversent. Ils sont rares et précieux.

Je voulais partager avec vous toutes ces petites anecdotes car elles ont été pour moi porteuses d’une belle leçon. Ne pas tout planifier, se laisser aller (cf envie n° 24) et exprimer ses souhaits (même intérieurement) offre parfois, souvent, de magnifiques moments, où « le hasard fait bien les choses » et où tout semble aller dans le bon sens, comme par magie. C’est ce que j’ai ressenti sur cette île si spéciale que je n’oublierais pas et sur laquelle j’espère retourner un jour. J’ai aussi appris que « tatoo » (tatouage) est un mot polynésien qui veut dire « marquage de vie ». Je ne me suis pas faite tatouer à Rapa Nui mais ma vie a été à jamais marquée par cette île qui me semblait si mystérieuse et inaccessible. Je garderai en moi un tatouage invisible et indélébile, emprunt de magie.

Je vous laisse maintenant découvrir de nombreuses autres photos de ce « nombril du monde »…

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Le seul moai agenouillé… un autre mystère…

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On voit très bien les bras et les mains sur ce moai

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marie couché soleil

Photo courtesy of Frédéric

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San Pedro de Atacama

Valle de la luna, Geyser del Tatio, observation des étoiles, Salar de Tara et fiestas clandestinas !

Dates du séjour : du 11 au 19 juillet 2014

Dès que j’ai aperçu San Pedro de Atacama, le coup de coeur a été immédiat. Je venais de terminer mon fabuleux trek de 3 jours/2 nuits dans le Salar de Bolivie. Après un arrêt à un poste frontière des plus sauvages (au milieu de la pampa, où renard et de vigognes se mélangent à la police des frontières et aux touristes venus tamponner leur visa de sortie bolivien !), nous sommes montés dans un mini-bus qui a descendu 2000 mètres d’altitude pour atteindre San Pedro en une petite heure de trajet. La route était sublime avec en toile de fond la Cordillère des Andes Chilienne, la vallée de la lune, et le village de San Pedro qui resplendissait sous un immense ciel bleu.

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Non seulement la vision était magnifique mais les températures également beaucoup plus clémentes avec un bon 20-25 degrés à l’arrivée. C’était d’autant plus agréable que nous avons souffert du froid à Uyuni avec des températures largement en dessous de zéro (jusqu’à moins 20 pendant la nuit) et des logements rudimentaires non chauffés. J’ai survécu avec 4 couvertures, 2 duvets, une bouillotte, du thé et beaucoup de vin bolivien !

J’avais réservé plusieurs nuits à l’Eden Atacameño qui semblait avoir un bon rapport-qualité prix. Julia, ma nouvelle amiga de Alemania, rencontrée initialement dans le bateau Isla del Sol-Copacabana puis dans le bus nous menant au Salar, m’a accompagnée pour voir s’il y avait des chambres disponibles et nous avons décidé de partager une chambre double. J’ai pu me « reposer » sur son sens de l’orientation lors de notre arrivée en bus, ce qui était agréable vu le faible niveau du mien. En effet, cinq mois de voyages ne m’ont pas permis de progresser beaucoup dans ce domaine. J’ai également changé de camp pour soutenir l’Allemagne dans le match final de la coupe du monde contre l’Argentine, bien que supportant initialement l’Amérique Latine… La bonne humeur de Julia et son sens de la persuasion m’ont fait changer d’avis et c’était sympa de vivre la victoire avec elle.

L’Eden Atacameño offre un cadre charmant et reposant, dans une ruelle assez calme, perpendiculaire à la rue principale. J’ai pu savourer plusieurs longs moments de repos dans les divins hamacs du jardin, restant une semaine entière à San Pedro. Les petits déjeuners dans le jardin au soleil étaient également des plus agréables, surtout après les nuits fraîches. Ce qui l’était moins : les douches capricieuses, tantôt brûlantes, tantôt glacées, sans aucune pression, la wifi faiblarde et les chambres qui ne se réchauffaient pas malgré les températures fort clémentes de la journée. Les hamacs, le calme, la proximité du centre-ville et les tarifs raisonnables dans ce village très cher m’ont cependant convaincue de rester là.

Coup de coeur également pour le village lui-même avec ses ruelles ocres, son éternel ciel bleu dépourvu de nuage (c’est impressionnant), ses restaurants délicieux, parfois branchés, parfois traditionnels. Deux bémols : les distributeurs d’argent sont peu nombreux et souvent à sec du vendredi au lundi et il faut prévoir au moins 48h pour les services de linge, assez chers. Et étant donné que beaucoup d’endroits n’acceptent que les espèces, mieux vaut anticiper !

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Notre QG bar/dîner : l’Export Café

Coup de coeur total pour les tours proposés aux environs de San Pedro :

1. Incroyable Valle de la Luna, vraiment lunaire, devant laquelle on s’extasie au coucher de soleil. Rejoints par 3 anglais qui avaient pris le même bus que nous depuis le Salar, Louise, Laura et John, nous avons décidé de louer des vélos plutôt que de s’engouffrer dans un bus avec des dizaines d’autres touristes. Nous avons ainsi fait une très belle balade à vélo de 40 km aller-retour, assez difficile en raison d’une grande montée/descente près de la vallée de la lune et de la conduite de nuit au retour. Nous avions veillé à choisir de bons VTT équipés de lampes et j’avais également pris ma frontale. En plus des 40 km de vélo nous avons fait une heure de marche supplémentaire pour voir une cave, un canyon et atteindre la crête de la vallée pour voir le coucher de soleil. Malgré la fatigue, j’ai vécu avec Julia un moment vraiment magique quand elle a pointé du doigt une lune gigantesque toute ronde qui chapeautait parfaitement le volcan Licanbatur. C’était inouï, on aurait dit le décor de Pierrot et Colombine. C’est ce type de moment qui vous font encore plus aimer voyager et la vie en général.

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Photo courtesy of Julia (http://klisch.net/julia/)

Photo courtesy of Julia (http://klisch.net/julia/)

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2. Geyser del Tatio :

Départ à 4h30 du matin, 2 heures dans un bus non chauffé (jusqu’à ce que j’insiste fortement et que la guide reconnaisse qu’il n’y avait aucun chauffage contrairement à ce que disait le conducteur du bus…) puis arrivée au camp géothermique de Tatio à 4320 m d’altitude où des dizaines de fumerolles s’élèvent du ciel, bouillonnent et laissent entrapercevoir les premiers et timides rayons de soleil. Le site était beau mais totalement glacial et j’étais frigorifiée malgré mes chaussettes et mes guêtres en laine d’alpaga. Le tour opérateur nous a offert ensuite un petit déjeuner assez simple : nescafé, sandwich, petite barre de chocolat et pour les chanceux un oeuf dur cuit dans l’un des geysers ! Toujours frigorifiée, je n’ai pas eu le courage de me déshabiller pour me baigner dans la piscine thermale à 38 degrés. Il faut dire que la horde de touristes ne me tentait pas trop et que c’était beaucoup moins séduisant que mon bain nocturne sous les étoiles en plein milieu du Salar avec du vin bolivien et seulement une poignée de compagnons de route, un luxe offert par la société Red Planet que j’avais soigneusement sélectionnée à la Paz après moult comparaisons d’agences qui offraient des tours pour le Salar. Pour en revenir au Geyser del Tatio, j’ai en fait préféré les paysages et les animaux sauvages des environs : le séduisant renard qui fixait mon objectif, les vigognes alertes, les poules d’eau aux pattes rouges géantes qui se promènent aisément dans les eaux glacées.

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Le petit déj !

Le petit déj !

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3. Observation des étoiles :

Le désert d’Atacama jouit de conditions climatiques qui en font un site d’observation stellaire idéal, non seulement parce que les nuits sont sans nuages, mais aussi parce que les vents soufflant de l’océan sur la terre sont prévisibles et réguliers. Ils ne provoquent donc que des turbulences minimes, ce qui est impératif pour obtenir des images de la plus haute qualité (source : Lonely Planet). A 40 km à l’est de San Pedro de Atacama se trouve d’ailleurs le projet ALMA (Atacama Large Millimetre Array), le plus ambitieux radiotélescope au monde. Il s’agit de 64 énormes antennes mobiles de 12 m de diamètre. Ce champ d’oreilles interstellaires correspond à un télescope d’un diamètre de 14 km…

Les télescopes géants du projet ALMA

Les télescopes géants du projet ALMA

J’avais vu à la télé un reportage à ce sujet et trouve complètement fascinant les sciences astronomiques même si elles me dépassent complètement. J’ai pu d’ailleurs apercevoir de loin cette rangée de télescopes géants lors d’un tour dans le Salar de Tara. J’étais impatiente et ravie de pouvoir aller observer les étoiles près de San Pedro. Pour avoir la tête dans les étoiles, il a cependant fallu attendre la fin de la pleine lune. J’ai réservé un tour avec John et Laura. Un bus nous a emmenés avec une vingtaine d’autres touristes dans le désert à 7 km de San Pedro, loin de toutes lumières. Lever la tête en sortant du bus était déjà extraordinaire : une sphère de plus de 3000 étoiles scintillait au-dessus de nous et je n’ai jamais aussi bien vu la voie lactée ni autant d’étoiles filantes. Un astronome Canadien nous a embarqués pendant une heure à la découverte des étoiles, galaxies, nébuleuses, planètes (on pouvait voir Mars et Saturne), astres du Zodiaque. Il était passionnant, drôle, intelligent, nous expliquant avec humour et clarté faits scientifiques et anecdotes divertissantes (je sais maintenant d’où vient l’expression 7ème ciel…). Ensuite nous avons pu regarder des constellations, galaxies, Mars et Saturne à travers de gros télescopes. Enfin nous avons eu une demi-heure pour pouvoir poser des questions librement à l’astronome. Bref, j’ETAIS quasiment au septième ciel…

4. Excursion dans le Salar de Tara :

J’avais initialement prévu de faire un aller-retour en bus pour aller voir le festival de La Tirana mais j’ai réalisé après avoir acheté mes billets que ce serait le parcours du combattant avec de longs bus de nuit, des changements de bus en plein milieu de la nuit, en d’autres termes des risques d’insécurité et d’insomnie pendant 48h d’affilée. Après réflexion, j’ai annulé mes billets et suis restée tranquillement à San Pedro pour me reposer, profiter des hamacs si agréables et faire une excursion au Salar de Tara, ayant vérifié au préalable que ce serait différent du Salar d’Uyuni et que je n’allais pas congeler sur place comme pour les geysers del Tatio…

Cette fois, le départ était à une heure raisonnable, vers 8h00, mais nous avons dû attendre 45 minutes que la route soit ouverte. C’était la même route que celle que j’avais prise en van pour arriver à San Pedro, celle que je trouvais magnifique. Mais il s’agit en fait d’une route dangereuse en raison du fort dénivelé, de la présence d’énormes camions de marchandises (route internationale utilisée par les Boliviens, Uruguayens, Brésiliens…) mais aussi de forts risques de verglas en cette saison. Il faut apparemment que les risques de glace soient levés pour que la route soit ouverte. Il existe de nombreuses sorties d’urgence au cas où les freins lâchent. A notre retour, la route était bloquée par un camion dont le chargement a failli se déverser. Nous avons contourné la route sur le bas-côté et dû nous arrêter 20 minutes après pour changer un pneu crevé ! Le van n’est pas une jeep…

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Malgré ces petites péripéties j’ai passé une très belle journée au milieu de nouveaux paysages extraordinaires : des rochers géants en forme de tête d’indien ou de cathédrales, des lagunes multicolores, des vigognes, renards et viscaches (sorte de lapin avec une queue d’écureuil, proche de la famille des chinchillas), des pierres de cristal tranchantes comme des couteaux et un guide plein d’énergie, Pedro, amoureux d’une française, également guide, qui accompagnait un groupe de Français. La guide française m’a proposé de rejoindre son groupe 100% frenchie mais j’ai préféré rester avec mon groupe d’hispanophones pour progresser en espagnol.

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Enfin, le plus extraordinaire à San Pedro était peut-être que cela m’ait autant plu alors que c’est la seule ville au Chili… où il est interdit de danser ! Je n’en croyais pas mes oreilles quand j’ai appris cela. Nous avons eu vent lors de notre arrivée d’une soirée clandestine prévue le lendemain dans un lieu secret « dans le désert » qui ne serait révélé qu’au dernier moment. J’étais assez suspicieuse mais mes compagnons de route étaient motivés et après renseignements pris auprès de locaux, je me suis sentie rassurée car c’était a priori bon enfant et accessible à pieds depuis le village, et non pas une rave party au milieu de nulle part où j’aurais pu être mal à l’aise et bloquée pour rentrer.

Mais le plus dingue était d’apprendre la raison de ces soirées clandestines : à San Pedro, une loi a été promulguée il y a cinq ou six ans et il est interdit non seulement de boire sans manger après 1h du matin mais aussi de danser !!

J’étais tellement atterrée par la nouvelle que j’ai mené mon enquête et interrogé plusieurs locaux sur les motifs d’une telle prohibition. J’ai eu plusieurs versions mais si j’agrège les réponses, il y avait apparemment auparavant énormément la fête dans le village avec beaucoup de gens saouls et bruyants, ce qui nuisait à la quiétude des habitants mais aussi aux agences de tourisme car leurs clients potentiels préféraient s’enfiler des pisco sours et se déhancher/tituber dans les bars plutôt que se lever avant l’aube pour aller voir les geysers de Tatio… Il y a donc eu une sorte de lobbying qui a abouti à cette stricte interdiction. Du coup, comme pendant la prohibition, les bars ferment leurs rideaux et leurs portes passé une heure du matin et, si un policier pointe son nez, ils baissent le volume de la musique tout en priant tous les clients de s’asseoir en faisant semblant de dîner. On dirait un jeu de chaises musicales. C’est assez drôle à vivre mais totalement ridicule et hypocrite sur le principe. J’imagine qu’il doit y avoir pas mal de corruption pour que la police ferme les yeux.

Pour la fête secrète, nous avions rendez-vous devant un bar vers minuit et avons marché une quinzaine de minutes jusqu’à une sorte de ferme inhabitée pas très loin du village. C’était effectivement plutôt bon enfant et je peux désormais me targuer d’avoir vécu une fête clandestine, peut-être bien la première et la dernière de ma vie ! Je me demande juste jusqu’à quand cette hypocrisie va continuer.

Comment peut-on interdire de danser alors que c’est profondément ancré dans la nature humaine ? La danse et la musique existent dans toutes les contrées de la planète depuis la nuit des temps. Il faut danser la vie, disait Nietzsche, et c’est bien là ma philosophie de vie, au sens propre et figuré…

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Photo courtesy of Luis