Ilha Grande, une île écrin

Lagons, éco-système préservé (mata atlantica), plages sublimes

Dates du séjour : du 28 au 30 août 2015

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La magnifique forêt tropicale humide d’Ilha Grande : la mata atlantica

Ilha Grande fait partie des très belles surprises de mon voyage. Tout comme Bonito, je ne connaissais pas Ilha Grande avant d’être arrivée au Brésil et c’est sur les recommandations de locaux et d’autres voyageurs que son nom a attiré mon attention. Ilha Grande est la plus grande île de l’Etat de Rio de Janeiro et la troisième plus grande île du Brésil. Elle mesure 29 km de long pour 11,8 km de large et se trouve à 150 km de Rio, soit environ quatre heures de trajet (route et bateau). L’île bénéficie de très belles plages, dont celle de Lopes Mendes, ainsi que de cascades et lagons. S’agissant du dernier bastion de forêt tropicale humide (mata atlantica) de l’État de Rio, l’île entière est une zone protégée : la plupart de son territoire est inclus dans le Parc national d’Ilha Grande et le reste soumis à des restrictions de développement rigoureuses. L’île est dépourvue de distributeur d’argent (prévoir des espèces avant de débarquer) mais aussi dépourvue de routes et inaccessible pour les voitures : c’est un véritable havre de paix qui propose plus de 150 kilomètres de sentiers de randonnée reliant la poignée de villages et hameaux côtiers.

C’est un endroit magique pour décompresser : calme, nature luxuriante, magnifiques plages au sable si fin qu’il crisse sous les pieds, forêts tropicales offrant de beaux sentiers de marche, village à taille humaine offrant des bars et restaurants agréables en bord de plage si l’on veut socialiser, éco-lodges confortables où il fait bon se reposer. Ilha Grande fait partie des endroits dans lesquels je ne suis pas restée assez longtemps et dans lequel j’ai très envie de revenir. J’y suis allée dans une période relativement calme. Or il paraît que cela devient assez festif lors des périodes touristiques.

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Le sable de Lopes Mendes est si fin qu’il fait crisser les pieds et façonne des motifs éphémères emportés par les vagues…

Guillaume et Laura, rencontrés à l’auberge Bonita d’Ipanema, m’ont recommandé une société de transport qui s’occupe des transferts entre Rio et Ilha Grande : EasyTransferBrazil offre un service porte à porte entre votre hôtel et le village principal d’Ilha Grande, d’abord dans un minivan confortable puis via bateau. Le trajet dure environ quatre heures avec des départs tôt le matin pour pouvoir arriver à l’heure du déjeuner sur l’île.

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Je suis partie avec eux jeudi 28 août de bon matin et le trajet s’est très bien déroulé, c’était vraiment pratique et le prix correct. Nous avons eu sur la route pas mal de pluie mais les prévisions météo étaient encore pires à Rio.

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Une fois débarquée dans le village principal, je me suis rendue à la pousada dans laquelle j’avais fait une réservation la veille : la Pousada D’Pillel. J’ai été très agréablement surprise par la chambre que j’avais réservée et par la pousada dans son ensemble, bien placée, au centre du village d’Abraão (environ 3000 habitants) à 10 minutes de la plage, pour un prix très raisonnable. Ma chambre, qui comprenait une petite salle de bain privée, était très confortable, avec un petit balcon en bois qui comprenait une table, chaise et hamac avec vue sur le jardin dans lequel étaient servis les petits déjeuners copieux. Le personnel était accueillant et m’a expliqué les principales options que j’avais dans mon temps très limité sur l’île ainsi que des conseils de restos pas trop touristiques.

Je passais seulement 2 nuits sur l’île avec un départ prévu dès le surlendemain matin de bonne heure. J’ai fait principalement deux balades, l’une facile très proche du village et une autre le lendemain, avec deux bonnes heures de marche (aller – retour en bateau) qui emmenait à Lopes Mendes, considérée comme l’une des plus belles plages du monde. J’ai rejoint Laura et Guillaume pour cette seconde balade.

J’ai adoré l’ambiance paisible et sauvage de l’île combinée à celle d’un petit village « animé » et agréable, la beauté de la nature et des sentiers, dans une végétation qui était nouvelle pour moi, avec des arbres de toute beauté qui côtoyaient des plages et ruisseaux également superbes. Je regrette juste de ne pas être restée plus longtemps : j’avais déjà réservé mon billet d’avion pour Salvador de Bahia et voulais voir Rio avant de remonter vers le nord du Brésil. Le temps s’est dégagé la deuxième journée, offrant une très belle journée. Je compte revenir un jour pour faire les autres randonnées qui permettent de découvrir cascades et lagons !

Premier jour : balade près du village dans l’après-midi et retrouvailles le soir avec Laura et Guillaume pour un verre sur la plage

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Le petit chaperon rouge… en fait j’ai très peu porté ce poncho de pluie durant mes 8 mois de voyages !

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La pousada m’avait aussi prêté un parapluie !

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Deuxième jour : le soleil est au rendez-vous et cela change tout !

Superbe randonnée, accompagnés d’un petit chien qui nous a suivis tout le long et que nous avons prénommé « Lopes Mendes », le nom d’une des plus belles plages de l’île !

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Nous avons ramené « Lopes Mendes » à bon port  avec nous sur le bateau. J’ai eu à la fois un petit pincement au coeur et un sentiment de soulagement quand il a sauté dans les bras de sa maîtresse en arrivant au village. Apparemment ce chiot aime accompagner les randonneurs et fait cela régulièrement, il était connu de plusieurs habitants du village. Il a en tout cas contribué à faire de cette journée un moment inoubliable.

Je devais déjà repartir de bonne heure le lendemain pour donner une nouvelle « chance » à la ville mythique de Rio, cette fois dans une auberge (dépourvue d’acariens) conseillée par une québécoise rencontrée quelques jours plus tôt à Florianopolis et que j’allais donc retrouver. Après des premières impressions pas terribles, la ville des Cariocas allait-elle finalement me conquérir ?

Le Sel de la Terre

Un photographe est quelqu’un qui écrit avec la lumière, dessine le monde avec des lumières et des ombres.

Je suis allée voir hier « le Sel de la Terre », le film documentaire de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado qui rend hommage à la vie, à la carrière et à l’engagement social du photographe brésilien Sebastião Salgado.

Ce film m’a profondément bouleversée, dès les toutes premières secondes.

J’ai jusqu’alors narré dans ce blog mes récits de voyages en Asie et en Amérique Latine réalisés cette année pendant huit mois, avec une volonté initiale de partager mon regard sur ce monde si riche et si divers, essentiellement à travers la photographie. J’ai réalisé au fur et à mesure de mes pérégrinations que j’avais également envie d’éclairer mes clichés avec mon ressenti et avec des témoignages sur ce que je vivais, sur ce qui m’interpellait.

Mon périple s’est achevé il y a plus d’un mois et j’ai replongé depuis dans l’univers citadin parisien. C’est vraiment un plongeon. On passe d’un environnement à un autre, de façon quasi-immédiate, avec peu de répit pour reprendre son souffle mais aussi une troublante et finalement rassurante capacité de ré-adaptation, comme si notre corps et notre esprit nous aidaient constamment à naviguer dans les différents fleuves de la vie, parfois tranquilles, parfois déchaînés, parfois limpides, parfois embourbés, parfois exaltants, parfois pesants. C’est peut-être la définition du mot vitalité, cet incroyable pouvoir de « résilience », qui nous pousse à avancer où que l’on soit et quelques que soient les aléas de la vie, avec ses joies et ses désarrois.

Ce film est justement un hommage à la vie et à la photographie. Alors que je suis très sensible aux couleurs, aussi bien en peinture que lorsque je prends des photos, toute l’oeuvre de Salgano est en noir et blanc. Cela m’a beaucoup frappée. La lumière transcende et sublime tous ses clichés, c’est du grand art.

 Je crois qu’on peut mettre beaucoup de photographes différents dans le même endroit, ils verront toujours des photos différentes. Ils forment leur manière de voir. Chacun en fonction de son histoire.

Sebastião Salgado, par son œuvre extraordinaire et son engagement humaniste, superbement mis en « lumière » par Wim Wenders et le fils de Sebastião, nous offre une véritable odyssée au cœur de l’Homme et de la Nature, au cœur de la « Comédie Humaine », souvent tragique mais également pleine de beauté et d’espoir.

Je savais déjà une chose de ce Sebastião Salgado : il aimait vraiment les êtres humains. Après tout, les hommes sont le Sel de la Terre. –Wim Wenders

Sebastião Salgado est né au Brésil en 1944 dans l’Etat du Minas Gerais. En 1973, après des études d’économie, il décida, avec le soutien de son épouse Lélia Wanick Salgado qui l’a épaulé durant toute sa carrière, de changer radicalement de métier et de se consacrer à la photographie.

Il va parcourir la planète et témoigner durant de nombreuses années des souffrances et des périls humains, que ce soit les risques quotidiens encourus par des milliers de chercheurs d’or brésiliens dans la plus grande mine à ciel ouvert du monde (Serra Pelada), les ravages de la famine en Ethiopie, le courage des pompiers tentant d’éteindre les incendies des champs pétrolifères au Koweit, les horreurs de la guerre en ex-Yougoslavie ou les atrocités du génocide Rwandais.

On est un animal très féroce, on est un animal terrible, nous les humains. Notre histoire c’est l’histoire des guerres, c’est une histoire sans fin, une histoire folle. – Sebastião Salgado

Ce qui frappe dans chacun de ses témoignages poignants, c’est l’immense dignité qui se dégage dans l’approche du photo-reporter. Il cherche la pleine immersion, à s’adapter et comprendre les communautés qu’il rejoint, le tout avec un grand respect, une certaine pudeur, ce qui peut paraître complètement paradoxal lorsqu’on découvre les clichés qui immortalisent l’horreur et la cruauté, tels ces parterres de corps mutilés dans des églises ou des écoles.

Plus que jamais, je sens que la race humaine est une. Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers : ils s’adaptent aux pires situations. – Sebastião Salgado

Et pourtant, c’est l’espoir qui ressort de ce film, de ce chemin.

Le choc du génocide rwandais avait fait perdre le goût des photos à Sebastião Salgado.

Il est retourné en famille sur les terres de son enfance dans le Minas Gerais. Les terres de ses parents étaient passées en quelques décennies de paysage de forêt verdoyante à un désert sans âme. Sous l’impulsion de sa femme, les Salgado ont replanté des arbres pendant 10 ans. Deux millions et demi d’arbres plus tard, la forêt a retrouvé vie, un formidable message d’espoir, un hommage à la vie. Et elle a redonné le goût de la photographie à Sebastião.

Il va cesser de mettre en image les misères du monde pour en figurer les beautés et consacrer huit ans de sa vie et une trentaine de voyages pour nous révéler la nature de la planète dans toute sa splendeur. L’œuvre, intitulée « Genesis », fait l’objet d’une tournée mondiale depuis l’an dernier.

Genesis est la quête du monde des origines, celui qui a évolué pendant des millénaires avant d’être confronté au rythme de la vie actuelle, avant d’oublier ce qui fait de nous des êtres humains. Cette exposition nous présente des paysages, des animaux et des peuples qui ont su échapper au monde contemporain. Elle met à l’honneur ces régions vastes et lointaines où, intacte et silencieuse, la nature règne encore dans toute sa majesté.

On peut s’abreuver à la splendeur des régions polaires, des forêts tropicales, des savanes, des déserts torrides, des montagnes dominées par des glaciers et des îles solitaires. Si certains climats sont trop froids ou arides pour la plupart des formes de vie, on trouvera dans d’autres régions des animaux et des peuples qui ne pourraient survivre sans cet isolement. Ils forment ensemble une incroyable mosaïque où la nature peut s’exprimer dans toute sa grandeur.

Les photographies de Genesis aspirent à révéler cette beauté.

L’exposition constitue un hommage à la fragilité d’une planète que nous avons tous le devoir de protéger.

Lélia Wanick Salgado

Je n’ai pour ma part pas exploré des confins entièrement reculés ni rencontré la surprenante tribu isolée des Zoé au fin fond de la jungle amazonienne mais j’ai eu la chance de découvrir pléthore de splendeurs, y compris certaines qui figurent dans cette œuvre : les baleines que l’on peut toucher tellement elles sont près de nous, les tribus de manchots et les lions de mer, les oiseaux du Pantanal, les alligators, la forêt Atlantique du Brésil (mata atlântica en portugais), les icebergs, les déserts, la Cordillère des Andes, les si attachantes communautés péruviennes et boliviennes…

J’ai ressenti beaucoup d’émerveillement et d’humilité face à cette révélation de la Nature, qu’il s’agisse des espèces animales ou des paysages sublimes, naturels ou façonnés par la main de l’homme. Le titre même du film me renvoit aussi à des images inoubliables lors de mon périple : les Salines de Maras au Pérou et les majestueuses rizières de Sapa, du Yunnan et de la région de Guilin en Chine, façonnées à la main par les Hommes depuis des milliers d’années. « La Main de l’Homme » est d’ailleurs un autre projet monumental de Sebastião Salgado, réalisé entre 1986 et 1992, un livre et une exposition qui documentent le travail manuel dans le monde.

Salines de Maras - Pérou

Salines de Maras – Pérou

« Le Sel de la Terre » m’a bouleversée car il est au cœur de l’humain et nous rappelle ce qui est essentiel.

Si vous ne l’avez pas encore vu, courez voir ce documentaire magistral. C’est une véritable leçon d’humanité, un hommage à la Vie, la la Photographie, à la Nature et à l’Espoir.

Bande-annonce « Le sel de la Terre » – Sortie le 15 octobre 2014 – Un film de Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado