Impressions

« Vivre, c’est faire de ses rêves des souvenirs.» – Sylvain Tesson

Quelles émotions, impressions, révélations et transformations après 9 mois de congé sabbatique dont 8 mois de voyage ?

Emerveillement constant

  • Je ne pensais pas qu’il était possible d’exclamer autant de « WAHOU ! » en 8 mois de voyage.
    Je suis consciente que j’utilise énormément de superlatifs dans tous mes articles : fabuleux, magnifique, incroyable, inouï, extraordinaire, etc. Ce ne sont pas des effets d’emphase mais bien ce que j’ai ressenti à chaque fois. J’avais peur de devenir blasée après tant de visites. Je n’ai en fait jamais été autant émerveillée.

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  • L’Homme est capable d’accomplir des miracles architecturaux.
    Quel sentiment privilégié d’avoir pu voir la vallée des rois à Louxor (il y a quelques années avant ce voyage), les temples d’Angkor, le Machu Picchu, la Grande Muraille de Chine, les Moais Rapa Nui ! J’ai été également subjuguée par des miracles agricoles tels que les rizières de Yuangyang  et de Guilin (Chine), de Sapa (Vietnam) et les salines de Maras au Pérou.
  • J’ai ancré profondément en moi des milliers d’instants de bonheur, la plénitude de réaliser un rêve, pléthore de belles rencontres, une confiance accrue, une curiosité sans cesse renouvelée, une capacité d’émerveillement et d’adaptation renforcée.

Epanouissement

  • On peut porter des choses très lourdes quand on se sent légère. Au sens propre et figuré. Sans avoir mal au dos. Même mon ostéo était épaté.
  • Qu’il est bon de se laisser porter. Le hasard nous offre plein de cadeaux si on le laisse entrer dans nos vies.
  • On peut pleurer de joie souvent. Parfois intérieurement.

Rencontres

Je n’ai jamais rencontré autant de monde qu’en voyageant seule. Et les rencontres de tous les pays, de toutes les cultures me plaisent toujours autant.

Voyager seule m’a offert la possibilité de pouvoir rencontrer des gens de tous pays, tous âges, tous milieux, tous métiers, qui partageaient avec moi la passion des voyages. Une richesse de profils exceptionnelle. Comment en effet pouvoir rencontrer aussi facilement :

  • un japonais spécialiste culinaire des insectes (le métier le plus incongru que j’ai pu découvrir !),
  • un grand chef cuisinier français qui est passé sur Top Chef, promeut les fruits et les légumes et est invité comme une star dans des pays peu visités de la planète (Corée du Nord, Kazakhstan, Irak, etc),
  • une artiste peintre américaine de New Mexico qui est montée sur scène avec Santana il a déjà quelques années,
  • un ex hippie allemand qui fabrique des guitares et vit aux Etats-Unis,
  • un lady boy thai barman à Koh Pha Ngan,
  • un baroudeur français, ancien organisateur de rave parties dans les pays de guerre (tels que la Bosnie) qui était fier de me raconter qu’il piquait du gasoil quand il était ado pour pouvoir aller voir sa copine – autrement dit une personne à des années lumières de mes valeurs et fréquentations habituelles !,
  • un ancien marin uruguayen reconverti en chauffeur de taxi qui a visité Brest,
  • un jeune japonais mécanicien qui travaille pour Honda, habite à côté du mont Fuji… et connaît certaines chansons paillardes françaises,
  • une étudiante française en astrophysique qui étudie au Chili et parlait français avec un accent espagnol tellement elle s’était immergée dans le pays,
  • un chilien ancien prof de littérature américaine qui a créé sa boîte de tourisme eco-aventures et monté une association caritative qui aide les villages en offrant et réparant des vélos,
  • beaucoup d’enseignants de tous les pays et notamment un prof d’université retraité que j’ai rencontré mon premier jour à Rangoun et qui projetait d’écrire un livre,
  • une jeune femme cambodgienne qui m’a touchée par sa gentillesse dans un bus et qui est manager dans un restaurant,
  • un français développeur de sites web qui s’est formé de manière autodidacte alors qu’il était hospitalisé durant une année entière,
  • un cambodgien guide de kayak qui jurait tout le temps comme un bad boy américain et m’a aidée à surmonter mes peurs,
  • une architecte brésilienne qui travaille pour une ONG,
  • un italien qui travaille pour les Nations Unies pour des projets caritatifs et a habité au Vietnam, en Afrique et dans bien d’autres pays,
  • un italien responsable commercial pour les sublimes verres de Murano près de Venise,
  • une colombienne qui administre une société de films et clips videos à Buenos Aires,
  • un docteur et une infirmière d’Arequipa au Pérou qui m’ont remis sur pieds (en exterminant une amibe),
  • une famille brésilienne adorable qui tient un délicieux restaurant français à Porto Alegre de génération en génération depuis l’ouverture du resto par leur grand-mère « Marie Suzanne » (inoubliable soupe aux pois avec croutons lardons fromage !)…
  • de chaleureuses familles qui tiennent un bed & breakfast (comme ma maman) et dont l’accueil m’a touchée, notamment au lac Inle et à  Mandalay (Birmanie), Puno (Pérou) et Valparaiso (Chili),
  • une franco-belge-américaine qui travaille dans l’innovation marketing pour la zone Asie d’un grand groupe d’alcools et spiritueux,
  • un espagnol qui poursuivait ses études d’ingénierie aérospatiale à l’Université de Pékin avec qui j’ai pu expérimenté le resto U 20 ans après mon dernier repas dans des établissements de ce type !,
  • un américain qui voulait créer une entreprise de restauration en Uruguay et était en repérage,
  • une jeune actrice chilienne qui arrondissait ses fins de mois en tant que guide touristique,
  • des vétérinaires de São Paulo qui travaillent pour la santé publique et la prévention des maladies tropicales conjointement avec des médecins,
  • un hollandais qui s’est reconverti de « marketeur » à coach en bien-être et santé, en offrant avec succès ses services aux entreprises,
  • un ancien ingénieur chimique uruguayien venu s’installer à Olinda au Brésil et qui tient une galerie de peinture,
  • un pilote d’avion brésilien qui vit sa passion avec ce métier qui le faisait déjà rêver ado,
  • un prof de créativité argentin qui ouvre des bars branchés alternatifs…

P1300524Ce ne sont que quelques exemples parmi la variété de personnes dont j’ai croisé la route. C’est presque tout aussi dépaysant que les paysages que j’ai traversés !

Une révélation : la Nature

On se sent tout petit et béat sous le plafond d’étoiles du ciel d’Atacama. La lune est différente dans l’hémisphère sud. Qu’il est beau de voir le soleil rouge et le soleil vert. On ne se lasse jamais des couchers de soleil. Ils me font prendre conscience à chaque fois, quel que soit l’endroit, de la beauté et de la fragilité de la vie. Je n’oublierai jamais l’énorme soleil rouge fréquemment admiré en Asie et l’immense ciel bleu fréquemment admiré en Amérique du Sud.

En fait, je ne savais pas à quel point j’aimais la nature…

  • contempler les libellules, les papillons, les condors, les aigles, les toucans, les colibris, les flamands roses, les faucons, les poules d’eau aux pattes géantes, les coqs, les pélicans, les mouettes, les hirondelles, les macaos, les aras, des jibarus, les ibis rouges, les chouettes, les martin-pêcheurs, les « émeus » du Pantanal, le Saira Azul ( magnifique petit oiseau bleu et noir aperçu au Brésil dans la Chapada Diamentina) ;
  • les chiens errants–fort sympathiques au demeurant (notamment Caramel à Angkor, Lopes Mendes à Ilha Grande et David Bowie à Valparaiso, des chiens errants à qui nous avions donné un nom et que j’avais envie d’embarquer avec moi tellement ils étaient attachants !), les chats et chatons, les buffles qui bronzent ou se prélassent ou triment dans la boue, les singes petits et grands, calmes ou sautillants ;
  • un fourmilier bien plus grand et rapide que je ne l’imaginais, les fourmis géantes et les mini fourmis qui courent plus vite que Speedy Gonzalez, les coatis qui pointent leur museau, les tatous et leur armure, les capybaras–plus gros rongeurs du monde, les viscaches–sorte de lapin avec une queue d’écureuil, proche de la famille des chinchillas, les caméléons, les iguanes, les geckos, les vigognes, les lamas, les alpagas ;
  • les émouvantes baleines (ok, je savais déjà que j’adorais observer les baleines), les pingouins qui basculent leur arrière train, les dauphins d’Irriwadi (Laos) et de Commerson (Argentine), les lions de mer et les otaries, les crabes et leurs habiles pas chassés, les tortues de toutes tailles, les poissons multicolores, les daurades géantes et les gros poissons bleus avec qui je nageais dans le Rio da Praha à Bonito (Brésil), les piranhas (avec qui je ne nageais pas et qui se gavaient de tous les appâts que je leur « offrais », sans presque jamais se faire attraper) ;
  • les cyprès centenaires (Chine) et tous les arbres magnifiques de la Patagonie, les vagues, douces ou violentes, les algues phosphorescentes, les étoiles, la lune, le soleil (et ses nombreuses toilettes au réveil et au coucher), la majestueuse Cordillère des Andes, la forêt atlantique brésilienne, les dunes, les lagons, les rizières en terrasses, les grottes, les plaines arides, les jungles luxuriantes, les cascades,les chutes d’eau, les ruisseaux, les lacs, les marais, les quebradas argentines, les canyons, les glaciers, les monts petits et grands, aux cimes pointues ou arrondies, les volcans de plus de 5000 m cousins éloignés de mes puys auvergnats.

Loin des yeux, près du coeur

  • Mes amis et ma famille m’ont offert la plus belle et la plus efficace des « trousses de secours » juste avant mon départ. Elle contenait une centaine de mots et dessins de chacun d’entre eux, parfois drôles, parfois encourageants, parfois poignants, tous émouvants. J’ai adoré découvrir et lire chacun d’entre eux. Quel cadeau merveilleux.

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  • Je me suis sentie très entourée, même dans les quelques rares moments difficiles.
  • S’éloigner peut rapprocher.
  • Un immense merci à ma maman qui m’a toujours encouragée à vivre mes rêves, aussi fous qu’ils soient.
  • Je peux écouter en boucle ma plus grande des petites soeurs chanter dans mon ipod. She totally rocks. C’est le cas aussi de mes autres soeurs et de mon très grand petit frère. Une famille formidable très rock’n roll en quelque sorte ! Trêve de plaisanterie, je suis consciente de la chance que j’ai d’être aussi proche de mon frère et de mes soeurs, ils m’ont beaucoup manqué.
  • Ce voyage est aussi un hommage à mon père dont j’admirerai toujours le courage, la dignité, l’humilité, la tendresse et la bonté. Je sais que tout peut basculer d’un jour à l’autre et qu’il faut tout faire pour vivre pleinement chaque jour, chaque instant, chaque rêve.

Transformations

  • Je ne me suis jamais levée autant de fois avant l’aube que durant ces 8 mois de voyage. Et je n’ai jamais regretté de m’être levée très tôt pour un lever de soleil.
  • La coquette que je suis a finalement trouvé assez libérateur le fait de ne pas avoir à réfléchir à quelle tenue porter pendant plusieurs mois de suite.
  • La bienveillance de mon entourage m’aidée à vaincre mes peurs et à me dépasser, l’exemple le plus flagrant étant le vertige. J’ai toujours le vertige mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier le Pérou et ses sommets vertigineux.
  • J’ai décidé, pour une fois, de me laisser porter, de laisser libre cours au hasard et à la spontanéité. Et bien, je n’ai jamais ressenti dans ma vie autant de bien-être et de fluidité, comme si tout se passait comme je l’espérais, surtout lors des derniers mois de mon voyage où je parvenais encore davantage à vraiment lâcher prise.

« N’ayez jamais peur de la vie, n’ayez jamais peur de l’aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d’autres espaces, d’autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. » – Henry de Monfreid

  • Je réalise tout le chemin parcouru depuis mes premières impressions dans un supermarché allemand alors que débutait 5 mois de séjour ERASMUS en Bavière lorsque j’avais 20 ans. J’étais déroutée, j’avais perdu mes repères. Aujourd’hui j’accueille avec amusement et curiosité les nouvelles intrigues interculturelles et m’adapte en général rapidement à mon nouvel environnement. Parfois je sais aussi qu’il faut du temps et beaucoup d’écoute et d’observation pour reprendre des repères. Cela fait partie du processus d’adaptation, il faut simplement l’accepter.

Réflexions

  • Avoir du temps et pouvoir savourer ce temps est le luxe le plus précieux qui soit.
  • Se promener dans la nature, avec toute sa beauté, immensité et fragilité, fait prendre conscience pleinement de la théorie de la relativité. Le référentiel du papillon est d’une journée, celui d’une montagne se compte en millions d’années.
  • Moins on comprend une langue et une culture, plus l’on écoute ses instincts. Tous les signaux non verbaux deviennent primordiaux.
  • Je me suis rendue compte du plaisir à pouvoir communiquer facilement en anglais et espagnol. Et inversement de la grande frustration de ne pas pouvoir communiquer aisément en Chine.
  • Au Brésil, j’ai réussi à me débrouiller avec l’espagnol et l’anglais. Conquise par ce pays, j’ai désormais envie d’apprendre le portugais.
  • J’ai davantage réalisé combien les pays d’Amérique du Sud ont subi une Histoire difficile, marquée par les colonisations, génocides, dictatures, tortures, orchestrés parfois par les anciennes puissances coloniales et la CIA (effrayante opération Condor).
  • Il m’a semblé que beaucoup d’enfants souriaient et riaient en Asie. Et que peu d’enfants souriaient et riaient en Bolivie.
  • J’estime que les Français détiennent malheureusement la palme du râlage et de la sinistrose. Qu’il est agréable de rencontrer des individus courtois, serviables et souriants dans beaucoup d’autres pays. Je peux en fait compter sur les doigts d’une main les moments où j’ai rencontré des individus agressifs ou désagréables durant mes 8 mois de voyage, soit très peu.
  • Vivre pleinement ses rêves minimise grandement les (faux) besoins matérialistes.
  • Il y a un grand écart entre les vacanciers et les voyageurs. Comptez le nombre de minutes qui séparent la rencontre avec l’un ou l’autre avant que l’on ne vous demande ce que vous faîtes dans la vie. Un fossé.
  • Notre planète regorge de merveilles, et pas seulement visuelles.
    Beaucoup de lieux sont malheureusement détériorés par la pollution et les déchets. Cela m’a particulièrement choquée dans la baie d’Halong, les villages du Yunnan, les routes de montagne près de Santiago où au détour de paysages magnifiques au coeur de la Cordillère des Andes, étaient amoncelés dans chaque virage des tas de détritus.
  • Mon estomac semble moins ouvert que moi à l’interculturel. Je dois le ménager.
  • Je suis particulièrement touchée par les pays où la musique est partout présente et dans lesquels il y a une vie dans la rue. Cuba m’avait particulièrement marquée pour ces raisons et en Amérique Latine, ce sont les percussions, le Forro, la Bossa Nova et la Samba de Rio, Bonito, Salvador et Olinda qui m’ont fait vibrer.
  • J’ai beaucoup aimé « L’extraordinaire vie de Walter Mitty », vu dans l’avion entre l’Asie et l’Amérique Latine.
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